Depuis le Bureau National du 27 janvier et celui du 31 mars, D12 a essayé au mieux de rester neutre, de défendre le bilan du quinquennat et de soutenir François Hollande.

Nous avons essayé aussi de ne pas nous laisser impressionner par les désignations à l’avance de deux candidats par le système et les média. Nous avons bien fait, tant les situations ont évolué au cours de ces trois derniers mois et évoluent encore.

 

Nous avons aussi essayé de nous adresser à l’intelligence et à la réflexion, plutôt qu’à des engouements médiatiques, en analysant pour chaque candidat : son programme, son attitude vis-à-vis de François Hollande et sa capacité future à avoir une majorité pour gouverner.

 

Nous ne nous sommes pas résignés à accepter la présence de Marine Le Pen au deuxième tour et son corolaire le vote utile que prônaient plusieurs candidats, ce qui évitait de la combattre. Nous avons donc envoyé à tous nos membres et aux media plusieurs textes montrant les dangers du programme de MLP. Nous avions été prémonitoires en écrivant le 8 avril : « MLP reste la fille de son père », et ce avant la polémique du Vel d’hiv. Le Président de la République a lui aussi mis en garde contre les dangers du FN dans nombre de ces interventions. Il semble que tout cela commence à porter ses fruits, il faut continuer pendant la dernière semaine.

 

Enfin nous avons déjà appelé à « aller voter », et nous allons très bientôt envoyer à tous un nouveau texte contre l’abstention. En effet beaucoup de nos concitoyens semblent vouloir adopter cette attitude, cette fois plus que d’habitude, face à l’insatisfaction qu’ils ressentent du fait de l’offre politique qui ne leur convient pas, quel que soit leur camp. Entre le vote par défaut, le vote blanc et l’abstention, beaucoup hésitent. Il faut bannir l’abstention et en expliquer le pourquoi surtout aux jeunes.

 

En cette fin de campagne, je voudrais continuer à m’adresser à la réflexion et à l’intelligence pour traquer les « fausses bonnes idées » avancées dans cette campagne, ou les « attrapes nigauds », certains diraient même les « pièges à … ». Certaines de ces affirmations sont pourtant reprises par les media comme évidentes, et donc tout le monde les reprend.

 

1)      L’intérêt de candidats aux législatives venant de la société civile.

C’est évident : tout élu avant d’être élu appartient à la société civile et après avoir été élu, il n’y appartient plus. Ou alors il y reste s’il n’a pas été élu. Je ne vois donc pas l’intérêt de dire on va mettre des candidats de la société civile, puisque c’est évident, si ce n’est pour s’inscrire dans le populisme ambiant devant rendre suspect les élus qui se représentent parce qu’ils ont déjà été élus. Et ces candidats de la société civile, vont-ils devenir suspects une fois élus ? Devront-ils céder leur place la fois d’après parce qu’ils ne sont plus de la société civile ? Tout cela est absurde.

 

2)      Il faut mettre des professionnels comme ministres.

Même erreur : dans le passé sauf exception les ministres venant de la société civile sans avoir fait de la politique, ne se sont pas vraiment distingués par leurs résultats extraordinaires. C’est une erreur de dire, un professeur devrait être ministre à l’éducation nationale, un artiste à la culture, un policier à l’intérieur, pourquoi pas un général à la défense, etc… Ce n’est pas parce que vous êtes un bon professeur que vous connaissez le fonctionnement de l’éducation nationale et que vous serez un bon ministre. Et c’est démagogique de dire que grâce à ça on va réduire les cabinets ministériels car le ministres connaîtra son sujet. Tout ça est abstrait et très théorique et ne correspond en rien à la réalité.

 

3)      Il faut un gouvernement ramassé : pas plus de 15 ministres.

Cela fait 40 ans que j’entends ça, et si personne n’y est arrivé, il ne faut pas croire que c’est parce que les anciens Présidents de la République et les anciens Premiers ministres étaient plus bêtes que les candidats d’aujourd’hui, c’est simplement qu’il doit y avoir de bonnes raisons. On peut bien sûr le faire pour le principe , mais il faut alors mettre 50 secrétaires d’Etat ou donner encore plus de pouvoir aux directeurs d’administrations centrales, car il faudra bien que quelqu’un suive les secteurs et les dossiers, et ce n’est pas 15 grands ministres qui vont pouvoir le faire. Si l’on créent 50 secrétaires d’Etat, la baisse du nombre des ministres aura été un leurre médiatique, et si on augmente les pouvoirs des directeurs d’administrations centrales cela ira à l’encontre de la nécessaire affirmation du politique face aux technocrates, et cela nous ramènera à la IVème République, surtout si  les ministres doivent être testés chaque année en fonction d’objectifs et virés s’ils ne les ont pas remplis. On ne gère pas un pays comme une entreprise du CAC40.

 

4)      Tirage au sort des citoyens pour ceci ou pour cela, révocation des élus en cours de mandat, abaissement du Parlement, 49-3 citoyens, programmes réalisés par les citoyens, pétitions citoyennes directes, fin du dialogue social, etc…

Toutes ces propositions, dans l’air du temps, ont un seul but : affaiblir les élus et les corps intermédiaires et conduire à terme à un pouvoir encore plus concentré (car les citoyens ne peuvent pas sans arrêt être mobilisés et au courant de tout), ou très rapidement au désordre. En effet les nouveaux mouvements faisant , soit disant de la politique « autrement », ont montré partout que très rapidement soit ils disparaissaient (Les Indignés, Nuits Debouts), soit ils se divisaient (Podemos en Espagne), soit leur organisation dépendait dans les faits d’un seul homme (le Mouvement Cinq Etoiles en Italie). La seule façon de se sauver pour eux est de faire comme les autres partis et de reprendre un fonctionnement plus classique et plus réaliste (Syrisa de Tsipras en Grèce). Il ne faut pas croire tous les jours qu’on peut réinventer le fil à couper le beurre.

 

5)      Recréer le Service Militaire obligatoire.

Apparemment incontestable cette idée a repris de la force après les attentats de 2015, elle apparaissait comme le recours pour forger le « vivre ensemble », mieux assurer la sécurité et pallier les manquements du système éducatif et des autres institutions. C’est la fausse bonne idée reprise par presque tous les candidats avec des durées différentes et qui ne sera jamais mise en œuvre parce qu’elle coûterait entre 2 et 8 milliards, que l’armée s’est délestée depuis belle lurette de son parc immobilier destiné au Service militaire et est incapable d’héberger une classe d’âge de 600000 garçons et filles. De plus il faudrait au moins 15000 postes pour l’encadrement, ce que ne peut assurer l’armée, même en lui donnant les moyens, car ce n’est plus sa vocation et ce Service national serait totalement inutile sur le plan militaire. De plus son caractère obligatoire relancerait comme dans le passé le « sport national » d’en être dispensé.

Il vaudrait beaucoup mieux développer les dispositifs qui existent pour aider les jeunes non diplômés à se réinsérer et donner plus de moyens au Service civique, facultatif mais universel pour qu’il offre suffisamment de places pour répondre aux candidatures.

 

On pourrait trouver encore beaucoup de « fausses lunes », comme celle d’affirmer qu’après avoir élu un Président, le « peuple » lui donnerait automatiquement une majorité en votant pour ses candidats labellisés. Il y a longtemps que ce n’est plus le cas. On pourrait même proférer l’affirmation contraire avec autant de chance de se tromper ou d’avoir raison.

Mais je vais m’arrêter là, car je suis sûr que tous les membres de D12 habitués à des analyses et à une réflexion politique en commun depuis six ans, sauront déceler ces « attrapes nigauds » et ne se laisseront pas « avoir ».

 

Au travail encore pendant une semaine, dans la neutralité, contre le Front National et contre l’abstention.

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