Chères amies, chers amis.

 

Avant toute chose, je tiens à rendre hommage aux forces de l’ordre qui viennent de subir un lourd tribu lors du dernier attentat terroriste sur les Champs Elysées. Rien ne nous aura été épargné jusqu’à la dernière minute, le Président de la République et le Premier ministre ont fait front avec force et dignité. Par contre certains candidats se sont poussés du cou, en réagissant soit d’une manière indigne en essayant de faire de la récupération soit d’une manière un peu guignolesque en faisant comme s’ils étaient déjà élus.

 

La fin de la campagne électorale est là, il est temps de faire le point d’une manière synthétique.

D12 a vécu pendant 7 ans au rythme de la réflexion mais aussi de l’action destinée à soutenir François Hollande et ses décisions. Une autre période va s’ouvrir, mais nous continuerons à le soutenir jusqu’à la passation officielle des pouvoirs. Son bilan aura été bon. Sur le plan économique et social, il a été obtenu en maintenant le dialogue social, et malgré les grèves et manifestations sur tel ou tel sujet, cette méthode a porté ses fruits puisque la CFDT, qui a toujours prôné ce dialogue, vient pour la première fois de devenir le premier syndicat dans les élections professionnelles devant la CGT qui avait privilégié la contestation systématique.

 

Parallèlement nous avons appris à réfléchir entre personnes de sensibilités différentes et à trouver des synthèses. J’ai fait le maximum pour cela, respectant les diverses opinions des membres de D12.

Pour l’élection présidentielle, nous avions rédigé un petit fascicule intitulé « Pour un nouvel élan » publié en octobre 2015 après l’avoir adopté lors de nos « rencontres d’été. Pendant toute l’année 2016 nous avons médiatisé nos propositions. Pour 2017 notre candidat était François Hollande et notre stratégie : le rassemblement de la Gauche et des forces de Progrès dès le premier tour et le « barrage républicain » contre le Front National si la situation l’exigeait au second (p 27 de notre fascicule).

 

Tous ces espoirs et cette tactique sont tombés à l’eau après le renoncement de François Hollande à se présenter début décembre. Les forces de Gauche et de Progrès qui l’avaient soutenu au deuxième tour en 2012 se sont maintenant divisées en trois forces, se concurrencent et nous ont tous mis dans l’embarras jusqu’à aujourd’hui.

Nous avons accusé le coup, et réussi à maintenir notre unité et notre capacité d’action en décidant : de rester neutre jusqu’au premier tour du 23 avril, de défendre le bilan du quinquennat, de combattre le Front National, et tout récemment de lutter contre l’abstention. Nous avons essayé de privilégier les raisonnements citoyens plutôt que les réflexes de groupies. Nous y sommes globalement arrivés même si en période électorale avec les supporters exclusifs  des uns et des autres, la réflexion objective est plus difficile. Nous avons fait des analyses critiques sur les uns et les autres ce qui fait que, quel que soit le candidat choisi, le choix aura été les yeux ouverts en toute connaissance de cause et cela entrainera moins de déceptions après. D12 aura aussi gardé sa fidélité et sa dignité dans une période où les chassés-croisés des uns des autres ou les ralliements contradictoires n’ont pas grandi la classe politique.

 

In-fine, comment se décide un électeur dans l’isoloir : son histoire, celle de sa famille, ses convictions, son environnement, son ressenti, les programmes des candidats ou du moins ce qu’on lui en dit, telle ou telle phrase ou attitude d’un candidat, sa situation professionnelle, un évènement qui vient d’arriver ? Difficile à dire. Peut-être un peu de tout ça et peut-être autre chose.

 

C’est pour cela que D12 avait proposé une grille d’analyse pour aider à la décision : le type de vote, le comportement des candidats vis-à-vis de François Hollande, son programme et sa capacité à avoir une majorité pour gouverner.

1)      Le type de vote : l’argument du vote utile contre MLP est tout à fait inadéquat dans cette situation car il est  revendiqué à la fois par Macron, par Fillon et par Mélenchon. Effectivement, ces trois ont chacun intérêt à ce qu’on vote pour eux sans trop réfléchir aux autres critères que celui d’être au deuxième tour contre MLP.

2)      En ce qui concerne le comportement des 5 principaux candidats vis-à-vis de François Hollande : aucun ne rachète l’autre. Aucun n’a été complètement correct vis-à-vis de lui, à différents degrés, bien sûr.

3)      Pour les programmes : depuis toujours nous combattons ceux de la Droite et du Front National, leur incarnation par François Fillon et Marine Le Pen n’a en rien changé les choses pour nous, au contraire.

Celui de Jean-Luc Mélenchon nous parait s’appuyer en matières économique et sociale sur des grilles d’analyse du siècle dernier et nous semble dangereux pour les finances publiques, dangereux aussi son programme envers l’Europe et l’international.

Pour Benoit Hamon, au lendemain de la primaire, son programme : sur l’Europe, le revenu universel, la taxation des robots ou la fin du nucléaire, nous avait paru à côté de la plaque, mais depuis il a mis de l’eau dans son vin sur ces sujets. De plus nous avions souligné qu’en matière environnementale, certaines de ces propositions novatrices plaisaient aux jeunes.

Pour Emmanuel Macron, ses propositions sur la limitation du déficit budgétaire, sur la compétitivité des entreprises, sur l’Europe étaient celles qui correspondaient le plus à la sensibilité globale de D12, même si, en même temps, d’autres nous inquiétaient. De plus une analyse fine menée par D12 a montré que 60% de ses propositions étaient dans la continuation d’actions déjà lancées par François Hollande pendant le quinquennat.

4)      Avec qui gouverner : Macron avec son mouvement « En Marche », nouveau et non implanté, n’a aucune chance, pardon de vous le dire, d’avoir une majorité seul à l’Assemblée Nationale après les élections législatives. Hamon, Mélenchon ou MLP non plus d’ailleurs. Seul Fillon pourrait en avoir une ou s’en approcher. C’est ce qui fait dire à certains qu’il faut voter Hamon pour au moins garder ce réseau du PS dans toute la France. Le PS, dirigé par François Hollande pendant de nombreuses années,  avec ses cadres et élus locaux sera la seule force organisée face à la montée de la Droite et du FN. Cette montée de la Droite et du FN ne va pas manquer de s’exprimer aux législatives encore plus qu’aux élections présidentielles, d’autant plus que les autres vont être divisés et qu’il faut obtenir 12,5% des inscrits pour pouvoir se maintenir au deuxième tour.

 

Conclusion de tout cela ? Pour respecter nos décisions, ne comptez pas sur moi pour donner une consigne de vote. Ne comptez pas sur moi, non plus, pour vous dire pour qui je vais voter, car cela détruirait tout ce travail de réflexion objective que nous menons à D12 depuis trois mois. Beaucoup d’entre nous sont partagés, et se décideront en leur âme et conscience dans l’isoloir. J’espère que cet ultime texte d’analyse, ce vendredi 21 avril, les aidera à voir plus clair, mais je n’en suis pas sûr.

Pour terminer sur une note d’humour, je me permets de rappeler que dans un livre que j’ai écrit en 2015 : « Dans les coulisses des voyages présidentiels », j’avais proposé en conclusion une réforme de la Constitution française pour créer un poste de vice-Président de la République, comme aux Etats-Unis. Si cela avait été adopté, on aurait donc eu à voter pour un « ticket », et là sans hésitation, j’aurais voté pour le ticket « Macron-Hamon ».

Amitié.

Jean-Marie Cambacérès.

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