Le Club D12 présidé par Jean-Marie Cambacérès a reçu l’ancien Premier Ministre Bernard Cazeneuve à son dernier dîner-débat du 13 novembre, sans journaliste, contrairement à notre habitude. Le nombre des convives était limité à 40, et nous avons dû refuser beaucoup de monde, nous nous en excusons auprès d’eux. Mais ce qui était bien, c’est qu’en plus d’amis de Paris et de la région parisienne (Yvelines), ce qui est normal, il y avait beaucoup de membres de D12 venant de province : du Gard , de Haute Garonne, de Marseille, de Lyon, d’Alsace ou encore de Bretagne

En introduction Jean-Marie Cambacérès a rappelé qu’en ce jour de triste anniversaire Bernard Cazeneuve avait été en première ligne au moment des attentats terroristes quand il était ministre de l’intérieur. Bernard Cazeneuve précisa plus tard dans son discours qu’à ce moment-là il n’avait pas vu la main du Président François Hollande trembler, mais au contraire prendre les décisions nécessaires d’action, puis pour maintenir l’union des Français et préparer le sursaut avec le peuple de France et les chefs d’Etat étrangers.

Jean-Marie Cambacérès rappela les actions et les réflexions que préparait le Club D12 pour les 6 mois à venir (un texte à part sera envoyé pour cela), remercia toutes celles et ceux (notamment Christian Tardivon) qui l’aidaient pour l’animation et appela tous les présents à payer leur cotisation pour 2019. Il insista aussi sur la préparation des élections Européennes en disant que le slogan d’En Marche : « Les progressistes contre les nationalistes » était dangereux car il allait faire monter les nationalistes partout, même là où ils n’existaient pas comme en Espagne et esquissa quelques idées pour la campagne électorale des Européennes.

Après cette introduction, il présenta la carrière hors du commun de Bernard Cazeneuve au niveau national et rappela aussi ses mandats passés au niveau local. Enfin, avant de lui laisser la parole, il révéla qu’ils se connaissaient depuis plus de 25 ans, et qu’en l’invitant à D12, il avait invité un ami et un homme de conviction. Il précisa aussi qu’à la fin du dîner, Bernard Cazeneuve dédicacerait son livre : « Chaque jour compte ».

Bernard Cazeneuve remercia amicalement Jean-Marie Cambacérès et le Club D12 d’avoir organisé ce dîner-débat. N’ayant pas de sujets précis prévus pour son intervention, il indiqua qu’il allait aborder 3 ou 4 thèmes ( l’exercice du pouvoir, la justice sociale, l’Europe et l’international)  puis qu’il répondrait aux questions.

–          L’exercice du pouvoir.

Certes les Français ne sont pas un peuple facile à gouverner, mais collectivement ils ne se trompent pas longtemps : le Boulangisme dura seulement quelques années, le phénomène des « frondeurs » (si néfaste au quinquennat précédent) vit presque tous ses protagonistes disparaître par le suffrage universel… Il faut donc rester fidèle à ses idées et à ses actions pour continuer à travers ces vagues. La loyauté doit être un exemple à donner dans la vie publique et non pas la trahison. A partir de là un renouveau sera possible. Il faudra se rassembler et nous ne serons pas trop de 2 avec François Hollande pour agir.

–          La justice sociale.

Vue la complexité de la société, c’est par des efforts de tous les instants dans tous les domaines que petit à petit les inégalités se réduisent. En 2016, c’est la première fois depuis de nombreuses années que les inégalités s’étaient réduites en France, grâce en faits aux mesures prises depuis 2012. Là depuis 18 mois, les inégalités explosent.

Il faut agir pour les entreprises, bien sûr, c’est ce que nous avions fait avec le CICE, la création de la BPI… mais il faut essayer de ne pas prendre des mesures uniquement pour les actionnaires, comme la quasi suppression de l’ISF ou de l’Exit tax. De toute façon, les réformes en faveur de l’entreprise, même bien calibrées seront toujours perçues comme des « cadeaux aux patrons » si l’on n’a pas des syndicats forts et réformistes avec lesquels préparer des codécisions. Le mépris des corps intermédiaires quels qu’ils soient par le pouvoir actuel n’est pas une bonne chose pour l’avenir. Les mesures en faveur des entreprises accompagnées de mesures de justice sociale ne sont pas néfastes à la croissance. La croissance économique de la France se relevait en 2016 et 2017, elle est maintenant à nouveau réorientée à la baisse.

–          L’Europe et l’international.

Le multilatéralisme est dans une mauvaise passe du fait surtout des positions de Donald Trump. Cela risque de laisser les conflits du monde réglés par la force. Il faut proposer des réformes des grandes institutions mondiales mais il ne faut  pas tenter de créer de nouvelles structures en dehors. Il rappela que comme danger majeur, il y avait aussi le fanatisme sans frontières.

Il faut que l’Europe reste un pôle de stabilité (ça suffit avec le Brexit) et ne soit pas divisée volontairement, car la démocratie elle-même est en danger, si on excite les extrêmes.

Là aussi il faut avoir une vision claire. Le Président de la République Emmanuel Macron a commencé son mandat, tout feu tout flamme, avec des idées fédéralistes, intéressantes dans un colloque d’universitaires mais refusées par la quasi-totalité des dirigeants européens. Maintenant il  fait un discours sur le retour des nations comme lors de la réunion des ambassadeurs à l’Elysée le 27 août dernier. Pour percer et durer il faut une cohérence de tous les instants sur le long terme.

En Europe les décisions se prennent par consensus. Toute réforme nécessitant la refonte des traités sera vouée à l’échec. Des choses ont été faîtes (Plan Junker, contrôle des banques, dans l’Espace Schengen les polices s’échangent 4 milliards d’informations permettant de lutter contre le terrorisme. Avec le Brexit, s’il est complet, l’Angleterre sera « sourde »). Il faut faire de nouvelles propositions concrètes. J’en propose 3 : 1) Abonder le plan Junker d’1 milliard d’euros et les affecter aux transferts écologiques et aux technologies nouvelles, 2) Renforcer la lutte contre la corruption, être exemplaires dans ce domaine et y affecter un juge pénal européen. Les entreprises étrangères, y compris les américaines, y seraient soumises. Cela pourrait nous servir pour contrer les sanctions unilatérales des USA si nécessaire. 3) Contre le terrorisme et face à la question migratoire, lancer une grande Conférence Euro-Sahélienne qui aborderait tous les problèmes, y compris celui des réseaux des trafiquants de toutes sortes.

Enfin, il conclut en disant que dans cette période trouble il fallait rester fidèles à nos valeurs : la démocratie, la République, la laïcité, le « droit humain », la justice sociale … dont Jaurès avait si bien montré qu’elles étaient liées dans son discours de Castres de 1904.

Après une pose permettant à Bernard Cazeneuve de se restaurer, il accepta de répondre à de très nombreuses questions jusqu’à une heure tardive. Il dit même à l’oreille de Jean-Marie Cambacérès : « Peut-on arrêter car je n’ai plus de voix ? ».

La quinzaine de questions portaient sur les thèmes abordés par son discours liminaire, nous n’allons pas les reprendre. Nous en retiendrons une, posée par un des participants : « monsieur le Premier ministre, cher Bernard, est ce que l’arrogance est consubstantielle du pouvoir ? ». Bernard Cazeneuve répondit : « Je ne le pense pas. Quand Jaurès s’adressait au Français avant la guerre il n’était pas arrogant. Il était fidèle à ses idées, cela lui a coûté la vie. Quand Mendès France partait avec seulement 2 chemises à Genève pour négocier la fin de la guerre d’Indochine. Il n’était pas arrogant, il voulait tenir sa promesse de terminer vite. Quand François Mitterrand s’adressait aux Français  il n’était jamais arrogant, il avait une autorité naturelle. L’arrogance ne peut venir que quand on se sent faible ou quand se croit vraiment supérieur et que l’on veut imposer au peuple une idée qu’il ne veut pas. En ce moment, il est clair que la France ne veut pas du slogan de la Start Up Nation, et face aux Gilets jaune et à l’exaspération qui s’exprime, la grandeur  serait d’écouter et par un discours politique clair de montrer le chemin de l’espérance.

Des applaudissements extrêmement nourris saluèrent son discours et ses réponses.

Jean-Marie Cambacérès le remercia de sa venue et de ses propos redonnant espoir et arguments à toutes et à tous pour l’avenir.

Après la fin de cette séquence de questions, Bernard Cazeneuve resta encore avec les membres de D12 pour signer son livre et pour prendre des photos.

(Le compte-rendu de cette soirée n’engage que D12).

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