Le 12 février le Club D12 présidé par Jean-Marie Cambacérès a reçu l’ancien Président de la République François Hollande pour animer son dîner-débat trimestriel au Petit Riche. La salle était comble et une quarantaine de responsables du Mouvement étaient là pour écouter l’ancien Président de la République et pour débattre avec lui.

En Introduction, Jean-Marie Cambacérès remercia François Hollande de sa venue. Le Club D12 en était très heureux et très honoré. Il rappela que les convives étaient venus écouter François Hollande et non pas lui, et donc qu’il serait très bref, d’autant plus que les analyses politiques en ce début d’année avaient été faîtes lors de la cérémonie des vœux de D12 le 16 janvier. Il rappela simplement que le but de ce dîner était de réunir les principaux correspondants de D12 dans les régions et les représentants des diverses sensibilités des membres du Club. Dans D12 en effet se retrouvent des amis : socialistes, radicaux, gaullistes de gauche, écologistes, centristes, et beaucoup de personnes de la société civile non membres de partis politiques dont un réseau spécial : les Voltairiens. Ce 12 avril de nombreux départements étaient représentés : Paris et la région parisienne bien-sûr, mais aussi : le Gard, l’Hérault, l’Aude, la Corse, les Bouches du Rhône, la Haute-Garonne, l’Ardèche, la Corrèze, le Tarn et Garonne, le Rhône, le Nord, la Gironde ou encore le Finistère. Jean-Marie Cambacérès a remercié particulièrement tous celles et ceux qui étaient venus de province. En effet les efforts sont plus lourds pour eux que pour les Parisiens car au transport s’ajoute aussi l’hébergement. Leur rôle est aussi très important car ils serviront de pont et d’amplificateur pour diffuser tout ce qui sera dit ce soir.

Jean-Marie Cambacérès rappela simplement que 21 mois après l’élection d’Emmanuel Macron, la France se retrouvait dans une situation très préoccupante, avec des indicateurs économiques en berne, des inégalités qui se creusent, des déficits qui repartent à la hausse et une société très fracturée dont le mouvement des Gilets Jaunes qui dure depuis près de 3 mois est un des symptômes.

Il rappela que le Club D12 créé en 2010 était toujours là. Après un petit creux en 2017 quand certains membres avaient rejoint En Marche après l’élection d’Emmanuel Macron. Le Club D12 était reparti en 2018, comptait aujourd’hui un listing de 1000 personnes et restait ouvert à l’accueil des déçus d’En Marche. Un des buts de D12 était de défendre le bilan du dernier quinquennat. On sait bien que tout n’a pas été parfait de 2012 à 2017, mais au regard de ce qui se passe maintenant : Il n’y a pas photo.

C’est pour cela que le Club D12 considère comme une erreur politique l’inventaire sévère du dernier quinquennat qu’a fait récemment le PS alors qu’on est en pleine crise des Gilets Jaunes.

Il termina son introduction en disant qu’entre Mélenchon et En Marche (qui s’est inscrit au groupe Libéral à Bruxelles), il y avait un espace politique pour un large mouvement social, démocrate, écologiste et Européen qui pour le moment n’était ni structuré ni incarné. Le Club D12 poursuivait son travail d’implantation et de réflexion, pour participer le moment venu à cette reconstruction, sans vouloir intrumentaliser personne, mais parce que c’était notre conviction.

François Hollande prit ensuite la parole.

Il remercia tout d’abord Démocratie 2012 qui l’avait aidé pour la victoire de 2012 et salua la fidélité des présents ce soir, à une époque où le critère de fidélité en politique n’était pas si courant.

Il rappela ensuite les conditions de la fin de son mandat : avec d’un côté les frondeurs qui avaient miné l’action du gouvernement pendant tout le quinquennat, le lancement d’En Marche, et un PS plus enclin à préparer la primaire qu’à soutenir le gouvernement. Tout cela l’avait conduit à penser qu’il valait mieux ne pas se représenter. Avec ironie il rappela aussi ce qu’était devenus les principaux candidats socialistes à la primaire : tous ont quitté le PS. L’un a créé un mouvement qui plafonne à 2,5%, l’autre fait du miel et le troisième est candidat à la mairie de Barcelone. Tout ça pour ça . Quel gâchis! S’exclama-t-il.

Il poursuivit en rappelant les conditions de l’élection d’Emmanuel Macron. Ce dernier avait bénéficié du fait que la primaire socialiste ait désigné un candidat Benoît Hamon qui ne représentait pas l’électorat du PS et qui fit à peine 6% alors que lui avait fait 28% cinq ans plus tôt. La droite lui offrit aussi l’élection sur un plateau en désignant un candidat François Fillon controversé par une partie de son camp et qui plus est, fût pris dans une série d’affaires. Cela permit à Emmanuel Macron d’arriver en tête juste devant Marine Le Pen et d’être élu au deuxième tour par un électorat qui voulut faire barrage au Front National.

La suite on la connait : un gouvernement avec un premier ministre de droite et quelques transfuges socialistes et des mesures, dont certains prises par ordonnances, allant toutes plutôt dans le même sens : favorables aux « très riches ». Parallèlement à cela, la mise à l’écart et la critique permanente des élus locaux et des corps intermédiaires ont conduit à la situation de crise actuelle dont les Gilets Jaunes sont un des symptômes et qui dure depuis trois mois.

« Cela, dit-il, relativise le regard que certains posaient sur mon quinquennat, et je rejoins Jean-Marie, qui a dit que l’inventaire du PS sur mon quinquennat, il y a quelques jours n’était pas très malin sur le plan politique, alors qu’il aurait été plus intelligent et plus juste de dénoncer les décisions de ce gouvernement : la suppression de l’ISF et de l’exit tax, la flat tax, la CSG sur les retraites, la suppression des emplois aidés, la baisse des APL, l’absence de dynamique environnementale après la COP21, etc… Certaines petites phrases du chef de l’Etat n’ont rien arrangé non plus ».

La situation est très préoccupante. Il faut arrêter de fracturer la société française, il faut tout faire pour rassembler les Françaises et les Français, ajouta-t-il.

Sur le plan Européen, François Hollande annonça qu’il allait faire une série de conférences dans des lycées pendant les trois mois à venir. Il pense qu’il faut s’adresser tout particulièrement à la jeunesse pour ce qui concerne l’Europe. Au-delà des beaux discours que l’on entend ici ou là, il s’est dit aussi préoccupé par la situation en Europe, par la montée des nationalistes, bien sûr, mais plus encore par les divisions entre les 27 et l’incapacité à mettre en place des politiques : sociales, fiscales, de protection commerciale ou pour lancer des projet industriels d’ampleur. Il pense que l’Europe à 27 a atteint un plafond d’organisation, qu’elle aura toujours une utilité certaine mais qu’elle aura encore pendant longtemps des difficultés à relever les défis du monde face aux USA qui font maintenant cavalier seul, ou à la Chine et à la Russie. Pour faire face à ces défis, il pense que de nouvelles politiques industrielles ou de défense ne pourront se mettre en place d’une manière plus intégrée que par des coopérations renforcées de quelques Etats volontaires en attirant peu à peu d’autres par l’exemple.

Sur le plan politique, il se dit très inquiet du score socialiste aux élections Européennes, le PS n’ayant pas encore désigné de tête de liste, ne pouvant donc faire campagne  et menant des discussions sans fin avec Jadot, Hamon, Gluksman… Certaines alliances recherchées risquent au contraire d’avoir le résultat paradoxal de permettre à En Marche de garder des électeurs déçus du gouvernement mais qui continueront à voter par défaut pour En Marche, l’offre du PS ne leur convenant pas. Il rappela aussi qu’avec un scrutin de liste à la proportionnelle, les élections Européennes ne se prêtaient pas à des alliances, chacun voulant rejoindre son groupe d’affinité au parlement européen. Il pense que la reconstruction pourra commencer après, à l’occasion des élections municipales où là des alliances sont possibles, et qu’ensuite, il faudra prendre collectivement des initiatives fortes pour permettre aux Françaises et aux Français d’avoir un espoir d’alternance et de ne plus être piégés par ce choix mortifère : « En Marche » contre « Front National ». Sur le plan constitutionnel, il s’est interrogé sur l’intérêt qu’il pourrait y avoir de supprimer le poste de premier ministre et de donner plus de pouvoir au parlement.

François Hollande répondit ensuite à de très nombreuses questions sur des sujets très divers, allant de son attitude face aux frondeurs pendant son quinquennat jusqu’à l’affaiblissement du multilatéralisme, en passant par le rôle du vocabulaire en politique, comment remotiver les jeunes à la politique, les différences entre social-démocratie et social-libéralisme, quelle politique pour les startups du numérique, comment accélérer la transformation écologique, que faire pour remonter le PS ou le dépasser, comment refonder une justice fiscale, comment aménager institutionnellement une participation citoyenne, faut-il faire des référendums et sur quoi, etc…

François Hollande répondit longuement jusqu’à 23 heures.

En conclusion il encouragea D12 de continuer à réfléchir et à tisser des réseaux et se dit prêt à revenir devant le Club D12.

Jean-Marie Cambacérès le remercia de s’être livré à ce long exercice pour les responsables du Club D12, l’assurant que ses réflexions et ses analyses seraient très utiles pour D12 dans les mois à venir surtout pour les réunions sur le terrain.

Webmaster le 18 février.

(Le compte-rendu n’engage que le Club D12).

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