Comme d’habitude, D12 a organisé son dîner-débat trimestriel habituel. Celui-ci avait cependant un air particulier car c’était le premier après la décision de François Hollande de ne pas se représenter et après la primaire de la BAP. D12 avait tenu à ce que ce dîner-débat se tienne sans intervenant extérieur et sans journaliste, pour permettre entre nous une discussion la plus libre possible.

 

Il y avait foule à ce dîner, plus de 40 personnes au final. Il fallut rajouter des chaises autour de cette grande table et nous étions très serrés dans une excellente ambiance. Si bien que Jean-Marie Cambacérès commença son introduction, en disant que certains devaient avoir une information inédite à savoir la nouvelle candidature de François Hollande, ce qui déclencha des applaudissements. Il remercia ensuite Christian Tardivon et Savannah Macé pour l’organisation du dîner et le choix de la date. Il salua aussi la présence amicale de Bernard Poignant conseiller à l’Elysée.

 

Revenant à la réalité, Jean-Marie Cambacérès poursuivit en remerciant le Président de la République d’avoir invité collectivement une quarantaine de responsables de D12 à l’Elysée le 18 janvier. Il détailla ensuite pour tous, les décisions successives des Bureaux du 2 décembre et du 27 janvier et distribua à tous une copie de sa lettre du 30 janvier à Jean-Christophe Cambadélis lui annonçant la sortie de D12 de la BAP. En effet D12 qui avait été créée en 2010 pour soutenir François Hollande et qui a soutenu son action pendant tout le quinquennat, ne pouvait plus être dans une structure qui allait soutenir Benoit Hamon, l’un des principaux contempteur justement du quinquennat et qui était même allé jusqu’à voter la censure contre le Gouvernement de son Parti.

Jean-Marie Cambacérès tint cependant à rassurer tout le monde : au deuxième tour si Marine Le Pen y est, D12 fera son devoir quel que soit le candidat en face elle : Fillon, Macron ou Hamon. En se bouchant quand même plus ou moins le nez selon le candidat qui sera contre elle.

 

Jean-Marie Cambacérès fit ensuite le point sur l’actualité de la façon la plus objective possible, et rappela que le Bureau de D12 avait décidé : 1) de ne pas prendre position collectivement pour un candidat au stade actuel, car il se passe tous les jours quelque chose de nouveau (une réunion du Bureau aura lieu après le 20 ou 21 mars), 2) de soutenir François Hollande qui en a besoin dans la période 3) et de défendre le bilan du quinquennat, que nous jugeons globalement bon, alors qu’aucun candidat ne le fait.

Il fit part ensuite de la grille d’analyse qui le moment venu servirait de décision au Bureau pour son choix collectif en faveur d’un candidat : sa personnalité, son attitude vis-à-vis de François Hollande, son programme et ses alliés. Il se livra ensuite à une réflexion sur le vocabulaire à employer. D12 le moment venu décidera collectivement de soutenir un candidat, ou appellera à voter pour lui, mais ne se ralliera pas : nous ne sommes pas à l’époque du Général Boulanger où l’on devrait se rallier à une personnalité.

 

Après le premier plat, la parole fut donnée aux participants. Près de la moitié des présents prirent la parole. Cela validait rétrospectivement la décision d’organiser un dîner-débat sans intervenant et sans journaliste et montrait le souhait de tous de débattre entre nous. Ces prises de paroles peuvent se regrouper en quatre thèmes : la situation de la France, les candidats à l’élection présidentielle, le bilan de François Hollande et l’avenir de D12.

–          Sur la situation de la France : les intervenants ayant abordé ce sujet montrèrent que sur le plan économique et social, compte tenu de la situation en Europe et dans le monde, la situation de la France n’était pas si mauvaise (réduction des déficits, croissance, début de la baisse du chômage, augmentation du pouvoir d’achat…) et qu’il n’y avait eu ni austérité (pas de baisse des salaires, pas de baisse des retraites), ni récession pendant ce quinquennat. Notre modèle social a été préservé, même si bien sûr beaucoup reste encore à faire. Par contre sur le plan politique, il est clair que la société a changé et qu’on assiste à un rejet plus grand des institutions et du personnel politique traditionnel et que les gens n’admettent plus certaines choses qu’ils acceptaient dans le passé. Nous assistons peut-être à la fin d’un monde politique que nous avons connu : quasi disparition du PC et du Parti écologiste, affaiblissement du PS, disparition des héritiers du MRP (symbolisée par l’alliance entre François Bayrou et Emmanuel Macron), forte montée de l’extrême-droite et apparitions de forces nouvelles.  Ces phénomènes ne touchent pas seulement la France, mais aussi d’autres pays européens. Fut aussi signalé le désarroi de beaucoup d’hommes et de femmes de progrès et d’élus, radicaux et socialistes, devant l’offre politique actuelle et au lendemain d’une primaire qui avait désigné un candidat minoritaire dans son propre parti.

 

–          Sur les candidats :

 

. La majorité des intervenants se prononcèrent à titre personnel en faveur d’Emmanuel Macron, même si certains avaient été un peu désorientés ces derniers jours avec ses propos sur : l’absence de culture française, la décolonisation (surtout en Algérie), la critique du « mariage pour tous »… et si d’autres regrettaient que lui non plus ne soutienne pas le bilan de François Hollande. Les soutiens exprimés en faveur d’Emmanuel Macron allaient de l’adhésion à ses propositions en passant par le rejet des autres candidats à l’argument du vote utile contre le Front National. Deux interventions furent plus critiques et firent part de leur scepticisme sur cette candidature et sa capacité à gouverner après sans parti et sans majorité.

 

. Sur Benoît Amon, les prises de position étaient plutôt négatives quant à ses propositions (revenu universel, sortie du nucléaire, 49-3 citoyen, annulation de la loi El Khomri…), mais aussi sur son attitude passée et sur son absence d’ouverture vers ceux qui avaient voté Valls au deuxième tour de la primaire. En aparté quelqu’un fit remarquer cependant qu’il faisait quand même preuve de créativité dans ses propositions, même irréalistes, et que cela séduisait beaucoup de jeunes.

 

. Sur François Fillon : étrangement peu en parlèrent sauf au détour d’une remarque, disant que l’acharnement des media ou de la justice contre lui, pouvait paradoxalement souder son électorat et le remettre en piste.

 

. Sur Marine Le Pen : la tendance était plutôt à penser qu’elle ferait plus que ce qu’annonçaient les sondages, mais certains critiquèrent gentiment cette façon de se faire peur pour un deuxième tour,  afin de déclencher un vote utile au premier tour, alors qu’elle n’avait aucune chance d’être élue au deuxième tour, quel que soit le candidat contre elle.

 

–          Le bilan de la France :

 

Les chiffres qui tombent chaque semaine, montre que les mesures décidées par François Hollande au cours du quinquennat commencent à porter leurs fruits sur le plan économique, budgétaire et aussi en matière de création d’emploi. Sur le plan international, le bilan est aussi indiscutable. Et sur le plan sociétal plusieurs mesures peuvent être mises à l’actif de ce quinquennat : la plus emblématique est le « mariage pour tous », mais tout le monde oublie, en cette période de polémique dans les abattoirs, que c’est sous François Hollande qu’un statut « d’être sensible » a été voté pour les animaux, qui jusqu’à maintenant étaient considérés comme des « biens meubles ». Sur le plan politique, il est regrettable que tout le monde oublie deux réformes historiques : l’élection par binôme homme-femme dans les élections départementales qui a établi, du jour au lendemain, la parité totale dans les Conseils départementaux, et la réforme des Régions demandée depuis longtemps et qui a enfin créé 13 grandes régions métropolitaines pouvant mieux soutenir la concurrence avec les régions espagnoles ou les landers allemands. Tout le monde continue à faire du « Hollande bashing » même après son renoncement, aucun candidat, aucun parti ne valorise le bilan du quinquennat. Il ne faudrait pas que tout ce qui a été fait pendant ces 5 dernières années soit rayé de la mémoire collective. D12 devrait prendre une nouvelle initiative de soutien à François Hollande et à son bilan.

 

–          L’avenir de D12 : plusieurs participants s’exprimèrent pour que D12 continuent sous une forme ou une autre après mai 2017, car ce serait dommage que ce réseau de 1200 personnes, ces liens amicaux tissés et ces habitudes de rencontres et d’échanges disparaissent.

 

 

Après ces échanges fructueux et un excellent dessert, Jean-Marie Cambacérès prit la parole au moment du café, non pas pour conclure définitivement, car nous serons appelé à nous revoir, mais pour tracer la feuille de route de D12 pour les deux prochains mois.

Il précisa qu’il avait bien entendu ce qu’avait exprimé la majorité des intervenants. Ces préférences pour Emmanuel Macron ne l’ont pas étonné, car c’est celui dont les idées se rapprochent le plus de celles de D12, notamment sur l’Europe. De plus Jean-Marie Cambacérès rappela que quand Emmanuel Macron était ministre, D12 l’avait soutenu quand il était attaqué par des responsables du PS, notamment Martine Aubry ou Anne Hidalgo et plusieurs membres de D12 avaient adhérés à « En marche », quand nous pensions que tout cela était fait pour soutenir François Hollande le moment venu.

Cependant Jean-Marie Cambacérès rappela qu’au stade actuel D12 n’avait pas comme tâche prioritaire de trouver un successeur à François Hollande mais plutôt, par fidélité à soutenir ce dernier jusqu’au bout, et à valoriser son bilan. Le Bureau dans sa grande sagesse avait décidé que collectivement nous ne prendrions pas position avant le 20 ou 21 mars (date où le Conseil Constitutionnel donnera la liste définitive des candidats ayant obtenu les 500 signatures et aptes à se présenter), nous nous y tiendrons. Par contre nous allons continuer notre action (déjeuner à l’Elysée, déjeuner de presse, réunion en région, tweets…) et réfléchir à une nouvelle initiative pour défendre et valoriser le bilan du quinquennat.

Ensuite, non par désir de jouer les Cassandres mais par réalisme, Jean-Marie Cambacérès rappela deux choses : tout d’abord que si Benoît Hamon arrivait à s’entendre avec Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, ou tout au moins avec une partie de ses troupes et les communistes, il pouvait encore mathématiquement se qualifier pour le deuxième tour. Ensuite il rappela aussi qu’il ne fallait pas enterrer la Droite classique, certes affaiblie par le « Pénélopegate » mais n’ayant pas disparu du paysage politique français.

 

Enfin, sur l’avenir de D12, il promit de continuer après le mois de mai, et de faire le point lors de nos traditionnelles « rencontres d’été » fin juillet. Les décisions à prendre à ce moment-là pourront d’ailleurs être différentes selon le candidat qui aura été élu Président de la République et selon ce qu’aura décidé de faire François Hollande pour l’avenir.

Jean-Marie Cambacérès promit enfin que D12, dans les prochains jours allait réunir un groupe de réflexion pour prendre une nouvelle initiative en vue de valoriser le bilan du quinquennat pour qu’il ne soit pas oublié pendant la campagne.

Après le succès de ce dîner, tous ont promis de se revoir.

 

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