Aviez-vous conscience quand vous êtes arrivé au ministère du Travail en 2014 de la charge d’annoncer mois après mois les chiffres du chômage ?

François Rebsamen : Oui, mais  je ne savais pas à quel point l’annonce des chiffres  serait chaque mois « un grand moment de solitude ». Il faut vraiment le vivre pour savoir ce que cela représente…

Pourquoi était-ce si douloureux ?

D’abord parce que au-delà des chiffres, il y a les hommes et les femmes en recherche d’emploi, mais ensuite  parce que les chiffres de pôle emploi ne correspondent pas, le plus souvent, aux prévisions économiques. On apprend par exemple qu’il y a eu sur le trimestre une hausse du PIB de 0,6 points et on en déduit logiquement qu’on devrait avoir une baisse des demandeurs d’emploi. Et puis patatras ! les chiffres sont mauvais. Là on s’interroge, on cherche la faille et on s’aperçoit qu’on ne peut pas faire confiance aux chiffres mensuels de Pôle Emploi.

Pour quelle raison ?

Parce que lorsque l’on a une augmentation ou une diminution de 35 000 chômeurs de catégorie A on est dans la marge d’erreur statistique de 1% par rapport aux 3,5 millions de personnes inscrites en catégorie A. Les chiffres de Pôle Emploi sont plus fiables sur une période plus longue de 6 mois ou un an. Le seul véritable outil de comparaison ce sont les chiffres de l’INSEE sur lesquels se base le BIT (Bureau international du travail).

Dans ces conditions, n’était-ce pas une erreur de la part de François Hollande d’avoir annoncé dès le 31 décembre 2012 une inversion de la courbe du chômage « d’’ici un an » ?

Il faut dire les choses : ce quinquennat a été un quinquennat de redressement économique mais cela a été plus long qu’espéré. Mais ce redressement a bien eu lieu et la courbe s’est effectivement inversée, on va le voir clairement à la fin de l’année.

Vous avez regretté que ces chiffres mensuels soient devenus un rendez-vous médiatique…

Oui car cela ne devrait pas être : il serait préférable de faire le point sur les tendances tous les trois mois ou tous les six mois. J’ai essayé d’inverser cela, mais en vain. L’inconvénient c’est que cela pèse sur le moral de tout le monde. Cela a permis néanmoins de mobiliser les acteurs. Ainsi je faisais le point tous les mois avec les préfets sur les dispositifs concernant la garantie jeunes, la mise en place des formations, etc. Mais je demeure étonné par la propension que l’on a dans notre pays à noircir la situation. On a l’impression que certains aimeraient qu’il y ait encore plus de chômeurs.

François Hollande a amorcé un mea culpa sur l’inversion de la courbe en reconnaissant dans un livre qu’il avait eu tort. Ne devrait-il pas s’expliquer plus nettement là-dessus ?

A la fin il aura eu raison puisque la courbe se sera inversée. Si on a fait une erreur collective, c’est peut-être d’avoir considéré que ça irait plus vite. On n’a pas assez dit lorsqu’on est arrivé aux affaires dans quel état se trouvait la France et ses entreprises. Il a fallu plus de temps pour redresser les comptes de la nation, pour redonner le moral et relancer l’économie.

Durant ce quinquennat, il y aura eu néanmoins plus de chômeurs ?…

Oui mais il y a aussi plus de population. Ce qui compte c’est le  taux de chômage. Quand la population diminue, on peut avoir moins de chômeurs, c’est le cas en Allemagne. La seule donnée qui permet la comparaison c’est le rapport entre le nombre de salariés potentiels, c’est-à-dire la population active, et le nombre de gens qui travaillent. Seul le pourcentage est un  élément de comparaison entre nos pays.

Propos recueillis par Philippe Martinat

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