A un peu moins de six mois des élections présidentielles et alors que certains remettent en cause la capacité de François Hollande à pouvoir se représenter, nous avons demandé ce qu’il en pensait à Jean-Marie Cambacérès, ancien député, président de D12.

 

Question de D12 : Trois semaines après la sortie du livre « Un président ne devrait pas dire ça… », pensez-vous que François Hollande n’est plus en mesure de se présenter comme certains l’ont dit ?

Réponse de Jean-Marie Cambacérès : Ce n’est ni le premier, ni peut-être le dernier livre écrit par des journalistes s’étant entretenus avec le Président de la République qui soit publié, et de toute façon, même si certains ont pu le regretter, il est là. J’ai lu ce livre, pour me faire une idée moi-même. On peut en penser ce qu’on veut, mais franchement , même si certaines phrases sorties de leur contexte ont pu prêter à polémique ou à interrogation légitime, je trouve que l’emballement médiatique qu’il y a eu autour de ce livre a été exagéré et les réactions des uns et des autres largement déplacées. D’ailleurs plusieurs emails de province, que nous avons reçus à D12, étaient différents de certaines réactions parisiennes. Beaucoup de gens à la base, non membres du PS, ont trouvé que sur beaucoup de sujets François Hollande disait ce qu’eux même pensaient. Un « gaulliste de gauche » nous a même écrit qu’à travers ce livre, François Hollande montrait les difficultés de la tâche de Président dans le monde actuel et son souci d’essayer de prendre des décisions, d’une manière transparente et d’une façon non clivante dans le sens de l’intérêt général, et que si certains avaient mal réagi, c’était parce que « les grenouilles avaient besoin d’un roi ». Cette réflexion n’était pas banale de la part d’un gaulliste.

De plus à ces quelques « va-t’en guerre » qui à droite voudraient voir aboutir une procédure de destitution du Président de la République, sur la base de l’article 68 de la Constitution, je dis simplement : « heureusement que le ridicule ne tue pas ! ».

Quant à ne plus pouvoir se présenter à cause de la sortie de ce livre, alors là, c’est du délire. François Hollande n’a jamais été ni condamné, ni mis en examen, donc, je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas se présenter.

 

Question : Certains, à gauche de la gauche, disent aussi qu’ils ne devraient pas se représenter parce qu’il n’a pas tenu ses promesses ou parce qu’il a trahi la gauche.

Jean-Marie Cambacérès : Je ne suis pas un exégète de la réalisation ou non des promesses de François Hollande, les fameuses 60 propositions que je ne connais pas toutes. Mais les spécialistes de cette question, comme Dominique Villemot qui a fait un livre sur ce sujet, disent que pratiquement toutes ses promesses ont été tenues. Leurs mises en œuvre ne constituent en rien une trahison de la gauche, mais au contraire en général des avancées sociales malgré le contexte économique et budgétaire difficile. C’est d’ailleurs aussi le cas pour la loi dite El Khomri.

Mais les « sophistes de gauche » affirment que leurs critiques sont faîtes pour « améliorer sa politique et sauver le quinquennat ». De ce fait, ils manient simplement la rhétorique pour berner leurs auditoires au mépris de la vérité elle-même. Ce sont les mêmes qui critiquaient Léon Blum. Il y a toujours eu une certaine gauche pour critiquer les sociaux-démocrates et la gauche réformiste. Les bolchéviks critiquaient déjà le « renégat Kautsky » en Allemagne avant la Première guerre mondiale, les communistes même pendant la montée du nazisme en Allemagne préféraient combattre les « socio-traitres » ou « la vermine socialiste »… On dirait que ceux qui  ont la même attitude aujourd’hui, même si ce ne sont pas les mêmes, ne tirent pas les leçons de l’histoire ou ne la connaisse pas. Alors que c’est le plus souvent grâce à des décisions de gouvernements de gauche ou progressistes que la classe ouvrière et les travailleurs dans leur ensemble ont obtenu des avancées sociales et des améliorations de leurs conditions de vie.

De toute façon, le gouvernement d’un pays ne se passe pas exactement comme ça. Ce n’est pas parce que vous avez tenu toutes vos promesses que les gens vous réélisent. En effet beaucoup de choses arrivent qui n’étaient pas prévues et il faut réagir. L’invasion de la Crimée par la Russie, les attaques des djihadistes d’AQMI au nord du Mali, les attentats de terroristes islamistes en France, la lutte contre Daech, la crise des migrants… tout cela n’était pas prévu. Fallait-il pour cela ne rien faire car ce n’était pas dans le programme du candidat ? Bien sûr que non. Au lendemain des hommages de la France aux victimes des attentats du 13 novembre, il est bon de le rappeler. Que n’aurait-on dit si nous n’avions pas instauré l’état d’urgence et renforcé les mesures de sécurité !!! François Hollande a réagi à tout cela avec pragmatisme. Il a toujours pris ses décisions selon deux critères : est-ce bon pour la France ? Ou encore, est-ce juste pour la majorité des Françaises et des Français ?

C’est pour cela que je suis très sceptique quand j’entends tous ces débats à droite, du style : « Tout dire avant, pour tout faire après ». C’est la meilleure façon de ne pas pouvoir s’adapter aux réalités et de risquer de mettre le chaos dans le pays. Cela ne dispense pas bien sûr d’avoir un programme et quelques propositions phares, mais on ne peut pas tout prévoir.

 

Question : D’autres disent qu’il ne devrait pas se représenter parce qu’il a échoué à inverser la courbe du chômage, comme il l’avait promis.

JMC : Je suis de ceux qui pensaient à l’époque qu’il n’aurait pas dû dire ça, car le bilan d’une action à la tête d’un pays ce n’est pas seulement le chômage. Le chômage avait augmenté pendant le premier septennat de François Mitterrand et pourtant il avait été réélu. Mais c’est la grandeur de François Hollande d’avoir voulu montrer que la lutte contre le chômage, qui est une angoisse pour nombreux de nos concitoyens, était sa priorité. Michel Sapin avait beaucoup poussé dans ce sens. Mais la situation fut plus dure que prévue et la courbe ne s’est pas inversée au moment où il l’avait dit, d’où l’impression d’échec. Mais les mesures prises par les gouvernements sous l’impulsion du Président de la République (CICE, Pacte de Responsabilité, aides à l’embauche, aides à la formation…) commencent à porter leurs fruits depuis mi-2015. Avec 90000 chômeurs de moins depuis le début de l’année 2016, le chômage régresse même s’il est toujours trop haut. La compétitivité des entreprises s’améliore (elle se dégradait depuis 15 ans) et la courbe du chômage est en train de s’inverser comme prévu. La France vient même de battre son record de création nette d’emplois depuis 2007 au troisième trimestre 2016 avec 52200 emplois nets créés dans le secteur marchand.

Lors du meeting de He !Ho ! La Gauche le 25 avril 2016, Stéphane Le Foll avait commencé à décrire cette réalité, mais ce n’était pas encore audible à cette époque, puis tout a été occulté avec l’attentat du 14 juillet au soir à Nice. A Colomiers le 29 août, lors du Rassemblement de soutien auquel participaient Manuel Valls et Claude Bartolone, des chiffres allant dans ce sens ont été rappelés, mais non repris par les media, car peut-être la tendance n’était pas encore assez longue. Maintenant c’est le cas.

François Hollande pendant sa campagne électorale avait toujours dit qu’il y aurait deux phases dans son quinquennat : une de redressement et une plus redistributive et plus sociale. Ce fut le cas, mais la première phase a été plus longue que prévu, nous sommes maintenant dans la deuxième depuis environ un an. Il faut qu’elle puisse se poursuivre. Un quinquennat c’est trop court pour redresser une situation économique qui était très grave, réindustrialiser notre pays, le conforter dans les nouvelles technologies, créer des emplois dans de nouveaux secteurs, rééquilibrer la balance commerciale, dynamiser nos nouvelles grandes régions… Tout cela est en marche, mais il ne faut pas qu’il y ait un coup d’arrêt par la Droite à cette dynamique. Il faut que François Hollande puisse continuer son action.

 

Question : Quelles sont les autres raisons qui vous font soutenir François Hollande et souhaiter qu’il soit à nouveau candidat ?

JMC : Au-delà de l’amitié que je lui porte, je trouve que son bilan est globalement bon, car ce n’était pas facile, vu le contexte de crise économique et d’instabilité internationale de s’attaquer à la fois à la réduction des déficits, à l’amélioration de la compétitivité des entreprises sans faire d’austérité tout en réformant la France et en préservant le modèle social et même en l’améliorant.

Sans oublier la priorité à l’Education Nationale, importante pour l’avenir de notre jeunesse, il faut aussi signaler les adaptations législatives à notre société qui change, avec par exemple ce que l’on a appelé le « mariage pour tous ».

Je signalerais tout particulièrement aussi, sans vouloir être exhaustif : l’adoption du statut d’être sensible pour les animaux, la loi de transition énergétique et encore la réforme du système électoral des élections départementales qui ont établi immédiatement la parité en faisant voter sur des tandems homme-femme et la réforme régionale qui a enfin créé 13 grandes régions métropolitaines (au lieu des 22 anciennes) qui avec de nouveaux moyens (le transfert d’une partie de la TVA notamment) pourront peu à peu rivaliser avec les régions espagnoles ou les länder allemands. Cette réforme, on en parlait depuis longtemps et personne n’avait eu le courage de la faire.

Enfin pour mieux faire  face au terrorisme, il a redonné des moyens importants à la police, à la justice et à l’armée.

Alors que la France était attaquée et meurtrie, François Hollande a tenu bon et a maintenu l’unité de la Nation dans un contexte extrêmement difficile.

 

Question : Et sur le plan international ?

JMC : Sur le plan international, le bilan est encore meilleur. Nicolas Sarkozy nous avait brouillé avec pratiquement l’ensemble de la planète. François Hollande a retissé des liens avec les principaux pays de chaque continent, en Afrique bien sûr où l’intervention au Mali coordonnée avec les Africains eux-mêmes, a été particulièrement appréciée, mais aussi en Amérique Latine et en Asie où les relations sont bonnes maintenant aussi bien avec la Chine, l’Inde que le Japon. Il faut signaler que le Président s’est rendu aussi pour la première fois de l’Histoire de la France en Australie, aux Philippines… Il est allé aussi au Vietnam où aucun Président Français ne s’était plus rendu depuis 12 ans alors que François Mitterrand avait été le premier Président d’une puissance occidentale à se rendre dans ce pays en 1993. Il a aussi su rester ferme et défendre les principes du droit international, on l’a vu avec la Russie dans l’affaire de Crimée ou avec l’Iran dans la négociation sur le nucléaire.

En Europe, il a peu à peu réussi, seul contre tous au début, à faire réorienter progressivement la politique européenne vers des investissements pour l’emploi, et a été en première ligne lors de la crise de l’Euro et le sauvetage de la Grèce  et son maintien dans l’Union.

Enfin, alors que la Terre chauffe, il faut bien sûr attribuer une mention spéciale à la signature des accords de Paris par l’ensemble des pays du monde lors de la COP21 en décembre 2015. Ce fut un immense succès diplomatique français, pour la protection de la planète.

La voix de la France compte au niveau mondial, elle est membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, elle est une des rares puissances à disposer du feu nucléaire et d’une armée pouvant se projeter rapidement sur un théâtre d’opération, François Hollande est apprécié par tous les chefs d’Etat étrangers, la France est aimée dans le monde et sa langue rayonne sur les 5 continents. Il y a peu de pays au monde qui se trouvent dans cette situation. Les Françaises et les Français n’ont pas assez conscience de cela. Mais ces avantages, que nous avons, doivent être sans arrêt entretenus et renforcés car de nouvelles puissances apparaissent dans un monde qui change vite.

 

Question : Y a-t-il quand même des choses moins positives dans le bilan de François Hollande ?

JMC : A l’évidence, ce sont celles que tout le monde a mis en avant chaque fois depuis plus de 4 ans. Ne comptez donc pas sur moi pour « remettre 1 euro dans le jukebox des critiques » à 6 mois des élections présidentielles. Il faut d’abord montrer que le bilan est globalement bon. Il y a quand même un reproche que je maintiens : je suis de ceux qui pensaient que le Président, nouvellement élu en mai 2012, aurait dû faire faire par un organisme indépendant un audit complet de l’état des finances et de l’industrie française, ce qui aurait permis de mieux faire comprendre aux Françaises et aux Français les mesures fiscales et de rigueur budgétaire du début. Ceci dit, nous n’avons pas à regretter de les avoir prises car elles étaient nécessaires pour redresser la France, mais on aurait pu alors mieux les expliquer.

 

Question :  Malgré ce bilan que vous jugez globalement bon, François Hollande de décolle pas dans les sondages. Comment expliquez-vous cela et pensez-vous que pour cette raison il ne pourra pas se représenter ?

JMC : Il y a sûrement des explications multiples, mais il y en a une majeure, c’est tout simplement parce qu’il n’est pas encore candidat et que personne ne connait d’une manière sûre les autres candidats. Au stade actuel les sondages ne mesurent que des supputations et non des enjeux réels. Il faut être initiés pour faire la distinction entre les candidatures purement déclaratives, les participations à des primaires : de droite, de gauche, des écologistes, citoyennes par internet, les candidatures éventuelles hors de ces diverses primaires, etc… et très féru de politique pour imaginer ce que pourra être vraiment la réalité le moment venu. Or, actuellement ce n’est pas le premier des soucis de nos compatriotes.

Quels sont ceux qui seront vraiment candidats dans les règles démocratiques de la République : soutenus par des forces politiques significatives et bénéficiaires de 500 signatures d’élus, avec des moyens militants et financiers  suffisants pour tenir le choc dans la durée ? Ils seront très peu à l’arrivée, en tout cas beaucoup moins que dans les déclarations actuelles. Les sondages avec des hypothèses multiples sont certes intéressants mais pas significatifs, certains sondages sont même faits avec des personnalités qui ont pourtant déclarées ne pas être  candidates. Comment voulez-vous avoir des réponses claires à tout cela ?

Je pense donc que la responsabilité de François Hollande est d’être à nouveau candidat : pour défendre son bilan, pour rassurer les Françaises et les Français face à la situation internationale mouvante (avec une Europe affaiblie par le Brexit et de nouvelles incertitudes du fait l’élection de Donald Trump) et au terrorisme, et pour proposer un « nouvel élan ». Avec D12 nous le soutiendrons dès qu’il annoncera sa candidature, ensuite par cercles concentriques il faudra qu’il rassemble cette gauche éparpillée qui va , consciemment ou non vers le précipice, et il est le seul à pouvoir opérer ce rassemblement. A côté de lui, avec d’autres, nous devrons reprendre notre bâton de pèlerin pour cela.  Aucun des autres candidates ou candidats de gauche n’est en capacité de pouvoir le faire.

 

Question : Expliquez-vous.

JMC : Ma référence est l’élection présidentielle de 2002, beaucoup de Français l’ont oublié et beaucoup de jeunes ne l’ont pas vécu. Lionel Jospin Premier ministre socialiste sortant est éliminé dès le premier tour, et le deuxième tour a lieu entre la droite et le Front National, car seuls les deux candidats arrivés en tête ont le droit de concourir. Exactement le scénario que les sondages nous annoncent pour la prochaine fois. On peut après coup incriminer le bilan (qui était bon pourtant), la personnalité (pourtant d’une rigueur morale et d’une honnêteté sans faille), la campagne, etc… Toujours des sophismes, en fait la seule cause était politique et mathématique.  Les candidats de gauche et de la gauche de la gauche , comme on dit aujourd’hui, étaient 8, allant de Christiane Taubira et Jean-Pierre Chévènement à Arlette Laguiller et Olivier Besancenot  en passant par Robert Hue et Noël Mamère notamment. Avec cet éparpillement mortifère, chacun a fait son « petit-score » sans lendemain, et ils ont tous contribué à qualifier la droite et l’extrême droite. Chacun avait dit : «  plus jamais ça » ! Et pourtant le cercle vicieux est à nouveau enclenché. Certes, c’est le but de certains de détruire la gauche de gouvernement, mais ce n’est pas ce que veut l’immense majorité des travailleurs, des salariés, des hommes et des femmes de progrès. Il faut donc réagir.

 

Question : Alors : que préconisez-vous ?

JMC : Franchir les étapes les unes après les autres, et vous verrez que dans quelques mois la donne politique en France ne sera pas la même que maintenant. Je vois pour ma part 5 étapes, qui peuvent d’ailleurs se chevaucher mais qui doivent garder chacune leur spécificité. 1) Défendre et valoriser  le bilan du  quinquennat qui s’achève. 2) Expliquer et critiquer les programmes des droites. 3) Maîtriser et gagner la primaire de la Belle Alliance Populaire. 4) Rassembler tous ceux qui auront participé à cette primaire et lancer des appels pour des rassemblements encore plus larges s’adressant à tous ceux qui ne veulent pas de la droite et du Front National. 5) Avoir un bon programme avec de nouvelles avancées sociales et des propositions novatrices porteuses d’espoir pour l’avenir.

Je pourrais détailler toutes ces phases, mais ce serait un peu fastidieux, je préfère insister sur les rassemblements par « cercles concentriques successifs » que seul François Hollande est à même de pouvoir réaliser. En effet dans le système tripartite dans lequel nous sommes désormais aujourd’hui, seule une gauche rassemblée au maximum pourra être présente au deuxième tour où seuls les deux premiers pourront concourir.

–          Le premier rassemblement , se fera dès son annonce de candidature, avant le 15 décembre. Là on verra la force du mouvement qui le soutiendra, les gens qui le croient seul en seront étonnés. Cela entrainera des ralliements de personnes jusque-là hésitantes et la fin de certains positionnements tactiques qui existaient tant qu’il n’était pas candidat.

–           Le deuxième rassemblement se fera à l’issu de la primaire de la BAP. Ce rassemblement se fera automatiquement, fin janvier, puisque les participants à cette primaire ont accepté le principe de soutenir le vainqueur. Ainsi le François Hollande sortant de la primaire, relégitimé par son camp en quelque sorte, ne sera plus dans la même position que celui d’aujourd’hui. Il aura alors beaucoup de soutiens et les gens commenceront  à comparer le « new Hollande » avec ce qui les attend du fait des propositions de la droite qui aura déjà son programme et son candidat (des dizaines de milliards supplémentaires de coupes budgétaires, de 200000 à 500000 fonctionnaires en moins, des remises en cause brutales sur la durée du travail ou les retraites, etc…).

–          Après une préparation adéquate, le troisième rassemblement pour le troisième cercle concentrique, devrait être lancé en février, par François Hollande en s’adressant à tous les responsables des autres forces qu’il considérera pouvant venir ou revenir vers lui. Cela pourra aller de certaines sensibilités communistes, écologistes, jusqu’à des centristes et Emmanuel Macron. En discutant programme avec eux et en leur rappelant qu’après la présidentielle il y aura des législatives et que pour cette échéance, là aussi, si la gauche dans toutes ses composantes n’est pas unie, elle disparaîtra  (car il faut 12,5% des électeurs inscrits pour pouvoir se maintenir au deuxième tour) et le Front National aura alors beaucoup d’élus.

–          Enfin, bien qu’il ne faille rien exclure, il y a fort à parier que Jean-Luc Mélenchon ne voudra être d’aucun rassemblement organisationnel, il faudra donc lancer un quatrième appel à l’union et à la responsabilité en direction de ses électeurs potentiels. Certes je comprends qu’il y ait eu dans la population, pendant ce quinquennat, des déceptions, des attentes non comblées, mais ce n’est pas pour cela qu’il faut se désespérer et faire un vote qui amènerait encore plus de difficultés dans la vie de ceux-là même qui trouvaient qu’elle n’avait pas assez été améliorée.

En effet, même s’il y a plusieurs gauches, elles ont toutes vocation à s’unir. Les dangers des programmes de la droite et du Front National et le danger d’élimination dès le premier tour de la gauche si elle part au combat trop dispersée comme en 2002 sont trop graves pour ne pas donner à réfléchir.  Dans ma jeunesse, j’étais plutôt dans cette mouvance de la gauche de la gauche, mais j’avais un autre mythe fondateur de mon engagement politique et auquel je n’ai jamais dérogé au moment de voter : l’union sacré contre la droite. Mais cette fois, il ne faut pas attendre le deuxième tour, il faut anticiper car si on est éliminé au premier tour, il n’y aura pas de second tour pour la gauche.

Ensuite après, quand on saura alors qui sont vraiment tous les candidats, ce sera la campagne électorale, mais c’est une autre histoire. Disons simplement que François Hollande devra alors avoir un programme novateur, tourné vers l’avenir, une équipe résolument nouvelle face aux medias et aux Français et il devra utiliser au maximum les réseaux sociaux.

 

Question : Vous avez-dit que le troisième cercle concentrique pourrait concerner Emmanuel Macron. Cette position est très singulière, voire irréaliste, car certains de vos amis l’ont qualifié de « traitre » et lui-même  a dit qu’il allait annoncer sa candidature bientôt.

JMC : Je n’ai jamais employé ce terme à son égard. Je sais que j’ai une position un peu particulière à ce sujet, et que nous avons adopté collectivement à D12. C’est vrai que nous, qui sommes des compagnons de route fidèles  du chef de l’Etat, nous avons été choqués par ce qu’a fait Emmanuel Macron, ce n’est pas bien. Mais une fois cela dit, il faut bien constater que dans l’histoire de France ce n’est pas la première fois, que ce type de comportement est arrivé, ni sûrement la dernière. Cependant il faut rester froid et réaliste. J’ai toujours demandé aux membres de D12 de ne pas insulter l’avenir, car Emmanuel Macron parle à un public auquel ne parle pas le Parti Socialiste, et nous aurons besoin de tout le monde, le jour venu pour franchir la barre du premier tour et arriver à plus de 50% au deuxième. Emmanuel Macron peut bien être candidat la semaine prochaine en dehors de la primaire de la BAP, cela ne me fera pas changer d’avis, puisque François Hollande n’est pas encore candidat et n’a pas encore été désigné par la primaire. Michel Rocard en son temps avait aussi annoncé sa candidature en solo en avance, puis l’avait retirée quand celle de François Mitterrand avait été certaine et soutenue par plusieurs mouvements. A D12, nous considérerions qu’Emmanuel Macron « franchirait le Rubicon » seulement si une fois François Hollande candidat désigné par la primaire de la BAP, il ne répondait pas à une main tendue et disait : « Je maintiens ma candidature contre François Hollande à l’élection présidentielle ». On n’en est pas encore là. Je peux me tromper, mais je fais le pari qu’il ne sera pas en mesure de prononcer cette phrase et qu’il aura l’intelligence de saisir la main tendue, même si cela est difficile pour une partie de ses troupes. C’est cette attitude que je plaiderai jusqu’à la dernière limite auprès du Chef de l’Etat.

 

Question : Vous parlez beaucoup de la « primaire de la BAP », vous avez l’air de l’accepter, alors que d’autres disent encore que le Président de la République ne devrait pas se soumettre à une primaire. Pourquoi soutenez-vous ce processus ?

JMC : Entendons-nous bien. D’un côté si le Président de la République n’avait eu aucune contestation dans son camp il est bien évident qu’il aurait pu se représenter comme candidat naturel sans passer par une primaire. De l’autre côté au début 2016 l’idée était lancé d’une grande primaire ouverte à tous, avec plus d’un an de débats. Mais très vite on a compris que certains de ceux-là mêmes qui voulaient l’organiser disaient ne pas en accepter le résultat si c’était François Hollande le vainqueur. De plus déjà Jean-Luc Mélenchon avait dit qu’il serait de toute façon candidat sans passer par la primaire, enfin, imaginait-on le Président de la République battre les tréteaux pendant des mois et pendant les interventions militaires à l’étranger, les risques d’attentats en France, les soubresauts internationaux ? Donc dans ces conditions, je n’étais pas pour la primaire.

Par contre avant l’été Jean-Christophe Cambadélis eut l’idée d’une primaire plus courte (1 mois et demi), plus lointaine dans le calendrier et regroupant tous ceux qui en accepteraient le résultat. Cela permettrait de réduire une partie de l’éparpillement de la gauche. Le Président donna son accord à ce schéma.

Parallèlement Jean-Christophe Cambadélis lança la Belle Alliance Populaire qui permet de rassembler plusieurs mouvements autour du Parti Socialiste et de mener des actions en commun. Cela rappelle un peu, toutes choses étant égales par ailleurs, le rassemblement de nombreux clubs (club Jean Moulin, club des Jacobins, Ligue pour le combat républicain, CIR…) dans les années soixante ayant permis la refondation de la SFIO.

Lors de son « rassemblement d’été » en Juillet 2016, notre club Démocratie 2012 (D12) qui rassemble plus de 1200 personnes, décida d’adhérer à la BAP et de soutenir la candidature de François Hollande dans cette primaire nouvelle forme. La BAP permet de travailler collectivement, d’expliquer et de mobiliser en attendant la primaire, et la primaire permettra de purger le débat sur le bilan et de commencer à esquisser quelques nouvelles propositions pour l’avenir.

 

Question : A vous écouter, rien n’est perdu. Quel est donc votre mot de la fin ?

JMC : Non rien n’est perdu. Avec François Hollande ce n’est pas une assurance à 100% de gagner, mais avec n’importe quel autre candidat c’est une assurance de perdre. Vous verrez que la donne politique changera peu à peu dès que François Hollande aura annoncé sa candidature. Ce ne sera pas facile, mais c’est jouable. Mon mot de la fin sera: Ayons confiance, ne gâchons pas notre avenir, c’est à notre portée si toute la gauche se rassemble pour donner un nouvel espoir à notre peuple et un nouvel élan à la France. Mobilisons-nous maintenant et pour les mois qui viennent.

 

Paris le 14 novembre 2016.

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