En tête d’une page du « Monde » du 26 février, ce titre: « Les candidats lancés dans la course aux usines ».
Je suis tenté d’écrire, en sous-titre: comment arrêter l’hémorragie qui, depuis trois décennies, ampute l’industrie française?
Aujourd’hui, l‘industrie ne représente que 5% du produit national brut, la moitié de la performance de l’Allemagne. Certaines branches ont disparu de l’hexagone, d’autres ne font plus que de la figuration.

La première économie agricole de l’Europe des 27 ne fabrique plus de tracteurs (Renault a arrêté cette activité), elle importe les moissonneuses-batteuses (en majorité d”Allemagne) et une forte proportion des engins de récolte dans les vignes (en particulier d’Italie).

Dans le domaine industriel, où le poids de la recherche et de l’investissement est lourd, il est vain d’espérer la remise en œuvre d”une activité moribonde. J’en ai fait le constat, en 1981, quand Pierre Dreyfus, mon ancien patron de Renault, m’a confié une mission pour le redressement du secteur de la machine-outil. Malgré le soutien du gouvernement Mauroy, nous avons échoué.

Aux abandons d’activités se sont ajoutées des pertes de contrôle de branches industrielles importantes:
– ce qu’il reste de l’industrie sidérurgique est tombé entre les mains d”un actionnaire indien et comme en témoigne l’actualité, son avenir est loin d’être garanti;
– l’ industrie du camion – Renault Véhicules Industriels – a été cédée au suédois Volvo.

Heureusement, il y a encore de grandes entreprises industrielles qui, tout en continuant à développer l’emploi sur le terrain national, marquent des points sur le marché mondial. C’est le cas, par exemple, de Safran qui gère bien son partenariat avec l’américain General Electric.
Dans la branche automobile, Michelin poursuit son offensive internationale, sans négliger le marché français.

Contribuer, à l’amélioration de la balance commerciale française, si lourdement déficitaire, devrait être le devoir des entreprises qui ont de bonnes parts du marché national, mais qu’elles alimentent fortement par leurs usines installées hors de France. C’est le cas de l’industrie automobile (exemple de l’investissement de Renault au Maroc).

Dans un autre article, Marie Cortis, a écrit sous le titre  » Délocaliser n’est pas une fatalité, que la productivité du travail en France compte parmi l’une des meilleures au monde ».

Alors, pourquoi cet effondrement de la balance commerciale industrielle? Comment y remédier?

Entre autres, je propose les voies suivantes:
– sans entrer dans une politique dirigiste, le Gouvernement pourrait engager un dialogue avec des chefs de grandes entreprises pour analyser les conditions amélioration de leur rapport export/import;
– susciter des relations contractuelles entre ces grandes entreprises et leurs sous-traitants, fondées sur des garanties de prix;
– en terminer avec des déclarations sans effets pour le soutien aux PME. Que des établissements financiers soient en mesure de prendre quelques risques!
– disposer des moyens pour éviter  » la vente à la casse ” d’entreprises industrielles ayant encore la valeur d’être sauvées, en apportant des fonds publics.
Dans ce domaine, comme dans d’autres, la France ne doit pas être un pays conservateur. ll faut secouer certains cocotiers, mais il faut avoir conscience que de nouvelles ambitions industrielles seront fondées sur un travail de longue haleine et non pas  » dans la course aux usines ”, sur une course qui se terminerait l’été prochain.
Pierre EELSEN

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