L’Afrique est un continent de vieille civilisation. Il suffit, pour s’en convaincre de visiter le Musée des Arts Premiers voulu par Jacques Chirac. C’est assurément par l’Art, la voie la plus noble que, n’en déplaise à certains, l’Africain est entré dans l’Histoire. Aurions-nous oublié d’où nous viennent tant de rythmes et d’harmonies, tels le jazz notamment, qui imprègnent si profondément la musique occidentale, au point d’en constituer l’une des composantes incontournables et d’y figurer dans son propre répertoire. N’entendons-nous pas encore dans le lointain de nos souvenirs   empreints de compassion, sinon de remords, résonner les douloureuses mélopées déjà polyphoniques et riches d’une forte spiritualité, s’élevant du fond des cales des navires négriers, et interprétées aujourd’hui tout comme nos classiques dans nos salles de concert et lieux de cultes. Ces « negro-spirituals  » ont véritablement façonné la musique américaine et tout autant pénétré la culture européenne.

Ne devons-nous pas à nos concitoyens d’origine africaine, que la République est heureuse de compter parmi ses enfants, ces rythmes et mélodies antillaises présents à part entière dans notre culture nationale?

Il s’agit bien de cette culture de la « négritude », magnifiée à juste titre, et illustrée avec un si grand talent par un Aimé Césaire ou un Léopold Sédar Senghor. Nous la revendiquons, à juste titre, comme partie intégrante de notre culture nationale : elle nous rappelle que l’Afrique par delà les vicissitudes de l’Histoire est et doit demeurer un partenaire privilégié de la France. Une Histoire, en partie commune, la culture, la politique et l’économie ont tissé entre la France Républicaine et une Afrique libre et indépendante des liens originaux et durables.

C’est notre fierté que d’avoir su, dans le prolongement du discours de Brazzaville, et alors que tant d’africains sont morts pour défendre nos libertés, conduire pacifiquement ces pays à l’indépendance. Après le Général de Gaulle, c’est sous la sage impulsion de deux grands socialistes, Gaston Defferre et François Mitterrand, que dès la IVe République a été mise en oeuvre cette évolution pacifique.

Depuis lors, tout n’a pas été si simple ni facile pour les uns et les autres de trouver équilibre et stabilité. La République Française a du tracer le juste chemin entre le respect des indépendances nationales et l’application d’accords de coopération parfois incomplets et ambigus, notamment en matière de défense. La France s’est efforcée de temps à autres de se débarrasser des réseaux de la « Franc Afrique » et de ses pratiques polluantes. De rares tentatives méritoires ont échoué : ce fut le cas avec un ministre centriste, Pierre Abelin et « les missions de dialogue », avec le socialiste Jean-Pierre Cot et plus récemment Jean-Marie Bockel.

Cet effort et cet assainissement des relations Franco-Africaines doit être une priorité. Il faut instaurer avec nos partenaires africains des relations transparentes, solidaires, approfondies fraternelles, conformes à l’éthique républicaine. Fi des réseaux parallèles et intermédiaires douteux! L’actualité immédiate en donne un triste exemple. Place à une coopération respectueuse des peuples au service du développement et de la démocratie.

Coté Français, un ministère de la coopération et de la Francophonie rénové, renforcé dans ses moyens et son statut, doit veiller à la mise en œuvre d’une politique soucieuse, avant tout, d’aider nos amis africains à être les premiers bénéficiaires de leurs ressources. La bonne gouvernance et la lutte contre les corruptions de tous ordres doivent être une obligation partagée. Par exemple  il faut renouer avec la vision du développement qu’avait naguère conçue, avec succès au Sénégal et avec l’appui actif du Président Senghor, l’économiste François Perroux en liaison avec les équipes d' »Economie et Humanisme » du Père Le Bret.

Le retour de la paix civile en Cote d’Ivoire, qui semble se confirmer sous l’autorité du Président Ouattara élu démocratiquement, est de bon augure pour mettre en oeuvre des politiques de développement soucieuses des Peuples dans un cadre international vigilant ou la France doit être à l’avant-garde.

Loin de considérer l’Afrique comme une chasse gardée, c’est en premier lieu avec une Europe consciente de l’importance géopolitique du continent africain que la France conçoit sa présence rénovée aux cotés de ses amis subsahariens, comme auprès de ses voisins du Maghreb.

Ce cadre multilatéral trouve en outre son expression naturelle au sein de l’organisation internationale de la Francophonie, trop longtemps négligée par la France elle-même, au grand regret de ses partenaires pas seulement africains, qui dans de nombreux pays de par le monde, tels le Canada ou le Vietnam, la Suisse ou la Belgique manifestent inlassablement  leur attachement à notre langue.

Le recul de la présence française en Afrique, que l’on peut malheureusement constater depuis quelques années n’est pas une fatalité. Ceux  qui cherchent à en tirer profit, américains, chinois et multinationales, ne font que remplir un vide laissé par une France résignée. Les Peuples africains n’en tireront guère de profit et verront leurs ressources pillées sans scrupules. L’indispensable protection des productions agricoles autochtones doit aller de paire avec une organisation stabilisatrice des cours des matières premières, idée force du président Houphouët-Boigny, à laquelle l’Europe doit contribuer dans des négociations internationales et par la constitution de stocks régulateurs communs. La coopération franco-africaine doit devenir notre fierté et notre réussite commune. L’Homme africain a non seulement un passé reconnu par l’Histoire, mais aussi un avenir prometteur s’il sait se saisir de sa chance et si les pays développés et la France en premier, veulent et savent la lui laisser.

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