– L’intérêt pour l’Amérique latine semble se confirmer et les Pouvoirs Publics français ont, depuis quelque temps, pris la mesure des enjeux que représente le sous-continent américain. Consolidée sur le plan politique et institutionnel (alternances démocratiques, gouvernements « progressistes » s’inscrivant dans la durée, nouvelle légitimité reconnue aux Etats dans leur rôle d’Etat-providence, grâce à la mise en œuvre de programmes sociaux…), cette zone géographique conserve cette singularité, unique au monde, d’être à la fois démocratique, pacifique, largement désarmée et dénucléarisée. Cet espace, en forte croissance économique (avec, en moyenne, un taux de croissance du PIB de 5% de 2003 à 2013) marqué par des résultats exceptionnels dans le domaine économique et social, a vu l’extrême – pauvreté diminuer bien que la région demeure l’une des plus inégalitaires de la planète.

– Cette zone avait été un peu délaissée dans le passé tant l’Asie avait quelque peu monopolisé l’attention des Pouvoirs Publics. Par ailleurs, la focalisation sur le seul Brésil avait un peu occulté l’intérêt des autres pays émergents de la région (« les jaguars ») tournés vers l’Asie- Pacifique (Chili, Pérou, Colombie, Panama…). Ces trois derniers pays ont fait l’objet d’une visite de Laurent Fabius en 2013. Il y a donc eu prise en compte de travailler avec l’ensemble de la région sous l’angle de sa diversité géographique et politique. Cet ensemble a donc été « couvert » à haut niveau politique, qu’il s’agisse des pays libéraux, des pays progressistes de l’ALBA – TCP (Alliance bolivarienne pour les Amériques – Traité de commerce des peuples) ou encore des pays considérés plus « sensibles » diplomatiquement comme le Venezuela ou Cuba. A titre d’exemple, le niveau des relations franco-cubaines, qui s’est beaucoup renforcé au cours des dernières années, en témoigne comme la visite qu’effectuera à La Havane, Laurent Fabius le 11 avril 2014. Au terme de la première année du nouveau quinquennat (juin 2013), l’intensification des échanges bilatéraux s’est renforcée. Le nombre de visites officielles (ministérielles et présidentielles) effectuées de part et d’autre, était déjà équivalent à l’ensemble des visites réalisées au cours du dernier quinquennat .

– Tout en consolidant le « partenariat stratégique » avec le Brésil (visite d’Etat en France de la Présidente Dilma Rousseff – décembre 2012- et visite d’Etat au Brésil du Président François Hollande-décembre 2013), le gouvernement a renoué des liens avec différents gouvernements latino-américains.
– Avec le Mexique, la « normalisation » des relations bilatérales s’imposait après « l’affaire Cassez » et l’annulation de l’Année du Mexique en France. Les liens ont été utilement renoués, d’abord sur le plan diplomatique puis au niveau politique et ont été confirmés par la visite du Président Enrique Peña Nieto en France en octobre 2012, celle de Laurent Fabius à Mexico le 14 juillet 2013, le lancement du conseil stratégique franco-mexicain en 2013 et la visite d’Etat du Président Hollande au Mexique en avril 2014. Ces étapes nécessaires conditionnent l’intensification des échanges sur tous les autres plans (économiques, culturels, scientifiques, universitaires, coopération décentralisée…) et devraient être annonciatrices d’un nouvel élan des relations franco-mexicaines. La volonté du Mexique d’appuyer sa diplomatie sur le multilatéralisme – pour accroître son influence dans le monde- peut donner à la France de pouvoir compter sur un nouvel allié sur la scène internationale (OCDE, G20, nombreux enjeux multilatéraux, en particulier sur les questions environnementales..). La position géopolitique du Mexique est singulière (à la fois nord-américain dans le cadre de l’ALENA, latino-américain au sein de la CELAC et Pacifique, membre de « l’Alliance du Pacifique » ).

– Les orientations diplomatiques françaises vis-à-vis de l’Amérique latine ont été clairement affichées dans diverses occasions multilatérales au début du quinquennat : voyage du Président Hollande au Sommet du G 20 à Los Cabos (Mexique – juin 2012) ; présence du Président à la conférence de Rio + 20 (Brésil – juin 2012) et participation de Jean-Marc Ayrault, en tant que Premier Ministre, au sommet Union Européenne – Amérique latine et Caraïbes de Santiago du Chili (Chili – janvier 2013).

– Au-delà des enjeux multilatéraux ou « globaux », la plupart des pays de la région ont désormais des approches plus « partenariales » avec la France davantage que dans une logique de « développement » ; les demandes sont assez fortes pour travailler sur la base « d’intérêts partagés ». A titre d’exemple, on peut citer des pistes de collaborations en matière de politiques publiques, la question des droits de l’homme, la consolidation des Etats de droit et des systèmes judiciaires, le thème de la ville – où l’expertise, les bureaux d’études et l’expérience administrative française est très appréciée (« ville durable, ville intelligente »), les échanges de technologies. La dimension relative aux transferts de technologies est importante car les pays latino-américains sont assez demandeurs de ce type d’accompagnement. On notera aussi que les Départements français d’Amérique ont un rôle particulier à jouer et peuvent intégrer les organisations régionales.

– Les enjeux environnementaux sont aussi très largement partagés par les pays latino-américains comme l’illustre l’axe franco-péruvien. Le Pérou organisera en effet en décembre 2014 la 20e Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 20), à Lima et la France sera officiellement pays hôte de la 21e conférence climat en 2015.

– Sur la relation avec l’Union Européenne, la France pourrait être plus présente dans les projets menés par l’Union Européenne sur l’Amérique latine (Sommet UE-CELAC, suivi auprès des ambassades, projets techniques dans l’urbanisme ou les transports etc.). Les Allemands ont su très habilement récupérer ce que les Espagnols ont laissé comme influence avec leurs multiples réseaux, notamment au sein de l’UE. En observant le travail mené avec le MERCOSUR, mais aussi avec l’Amérique centrale, la Colombie et le Pérou, le domaine des relations contractuelles avec l’Union Européenne pourrait être intensifié.
– S’agissant des entreprises vis-à-vis de cette région, l’accent a été mis sur le Brésil par la communauté française des affaires mais ce pays est de moins en moins un marché de primo-entrants. Il y a de réels potentiels dans les pays voisins et les autorités françaises encouragent les entreprises françaises à s’y intéresser en explorant aussi d’autres voies (ex. les PPP, partenariats public-privé).
– Sur la question des échanges humains et de la recherche, l’idée est d’accroitre l’attractivité de la France pour les étudiants étrangers et de renforcer les coopérations scientifique et académique. Cela vaut tout particulièrement pour l’Amérique latine. Le programme brésilien (« Sciences sans frontières ») a souvent été le programme de référence mais l’objectif serait désormais de mettre en place des programmes similaires dans les autres pays (Pérou, Bolivie, Panama) et de multiplier par trois le nombre de bourses.
– En conclusion, beaucoup a déjà été fait, dans la prise de perception par les Pouvoirs Publics dans de nombreux domaines vis-à-vis de cette région et plusieurs dirigeants d’Amérique latine l’ont compris. Un grand nombre de chefs d’Etat latino-américains ont été reçus à Paris depuis presque deux ans : Enrique Peña Nieto dès son élection (Mexique), Ollanta Humala (Pérou), Dilma Rousseff (Brésil), Ricardo Martinelli (Panama), Evo Morales (Bolivie), Nicolas Maduro (Venezuela), Rafael Correa (Equateur), Laura Chinchilla (Costa Rica), Cristina Kirchner (Argentine) à l’occasion du Salon du Livre à Paris dont l’Argentine était invitée d’honneur (mars 2014). Le jour de l’Amérique latine en France à l’initiative du Sénat depuis trois ans (31 mai) deviendra une « semaine de l’Amérique latine » en France, en mai 2014 où le volet économique sera important. Une initiative à suivre…

Stéphane WITKOWSKI
Le 9 avril 2014

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