Coup de projecteur sur les dernières statistiques :

1) Concernant l’emploi

Avec 3 millions de chômeurs, soit un taux de 7,7%, l’Allemagne retrouve le niveau de 1992. Cela correspond à 2 millions de chômeurs de moins qu’en 2005.

En outre, le nombre d’actifs (41 millions, contre 28 millions en France) n’a cessé d’augmenter notamment chez les femmes et les seniors. Les réformes Schröder ont donc bien créé des emplois, notamment pour les gens peu qualifiés et les chômeurs de longue durée, mais il ne s’agit que d’emplois à bas salaires, d’emplois précaires et d’emplois d’intérimaires. Ainsi:

–          le nombre des bas salaires a augmenté de 13,5% depuis 2005 ;

–          en 1999, 1 employé à temps plein sur 6 avait un bas salaire alors qu’en 2010 ce sont 20% des employés ;

–          7, 5 millions d’Allemands occupent un « minijob » à moins de 400 euros et ils  peuvent normalement les cumuler, mais pour 5 millions d’Allemands c’est le seul emploi, et en outre 10% sont des retraités ;

–          il y a aujourd’hui en Allemagne 900 000 travailleurs intérimaires, dont les ¾ à bas salaires, et ils sont en augmentation de 13% en… 1 an !

–          selon le syndicat DGB, le nombre de travailleurs pauvres a augmenté de 45% depuis 2006 ;

–          70% des chômeurs sont menacés de devenir pauvres, contre 45% dans le reste de l’Europe (Eurostat) car les indemnités sont basses et elles cessent beaucoup plus vite  d’être versées.

La CDU nous explique que tout cela permet de donner un accès à l’emploi aux gens qui n’ont pas de qualifications. On pourrait rétorquer au contraire que cela pousse vers le bas les salaires des gens qualifiés, et principalement des femmes.

2) Concernant la dette

L’Allemagne inspire confiance aux préteurs. Le gouvernement vient d’emprunter pour les six prochains mois 3,9 milliards d’euros avec un taux de… – 0,01%. En somme, les investisseurs préfèrent payer un surplus pour être sûrs d’être remboursés.

L’Allemagne est pourtant la championne d’Europe de la dette (en valeur). Avec une dette publique qui s’élève à 2 079 milliards d’euros, soit 83,2% de son PIB. Elle détrône l’Italie et devient le troisième pays le plus endetté du monde.

A noter également que la dette nette (différence entre engagements financiers et les actifs, selon le mode de calcul de l’OCDE) de l’Allemagne est bien supérieure à celle de la France.

3) Concernant les exportations

Les derniers chiffres (augmentation de 8,3% pour atteindre 95 milliards € pour le seul mois de novembre) confirment que l’Allemagne est une nation exportatrice et que le secteur de l’export est un facteur de croissance indéniable pour l’économie d’outre-rhin.

Elle n’est plus la championne du monde, détrônée depuis janvier 2010 par la Chine, mais ses exportations dépasseront le billion (un million de millions).

Le cœur du problème de cette orientation vers l’export est qu’elle se fait au détriment de la demande intérieure à cause des bas salaires qu’elle exige. De plus, ce modèle est en fait très sensible, touché en premier par toute récession mondiale, dans un contexte où les pays en développement couvrent de plus en plus leurs besoins eux-mêmes, également dans les secteurs allemands traditionnels (automobiles, machines).

* * *

On aurait souhaité un peu plus de neutralité de la part de la Chancelière allemande… mais ce n’est pas la Chancelière allemande qui a parlé, c’est la Présidente du parti conservateur allemand CDU. Et la Chancelière allemande veut à tout prix préserver son allié conservateur français qui est loin d’être l’allié des classes moyennes et populaires.

Heureusement il revient aux citoyens français de décider ! Les français ne veulent pas du moins disant salarial et social allemand. Le Président prend pour modèle un programme politique qui produit des bas salaires, des emplois précaires et des travailleurs intérimaires. Disons « nein, danke ».

Le Président sortant se trompe donc en prenant l’Allemagne comme modèle. Plutôt que de parler de miracle allemand il faudrait parler de mirage allemand. Le Président sortant nous trompe en déclarant que l’augmentation de la TVA a été décidée par le Chancelier Schröder. C’est faux !  Elle a été introduite en janvier 2007 … sous Merkel.

Ainsi le Président candidat nous prend pour des candides. Personne n’est dupe. Mettre en scène le couple franco-allemand auquel tout le monde tient, à gauche comme à droite, est une pure manœuvre politicienne.

Martine ULMANN

2 pensées sur “Le mirage allemand du président sortant

  • 21 février 2012 à 08:58
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    Si l’on y regarde de près, n’est-ce pas l’aveu d’une fragilité que de voir Merkel et Sarkozy adopter soudain la taxation des produits financiers, de demander aux spéculateurs internationaux de renoncer à une part de la dette grecque, de mettre en place un fond de soutien européen, et d’accepter qu’enfin la banque centrale joue son rôle de prêteur afin de remettre des liquidités dans le circuit ? N’est-ce pas le signe d’une inquiétude profonde que de voir ces dirigeants durcir le contrôle sur les banques, dénoncer les retraites chapeaux et les bonus exorbitants ?

    Dans ces conditions la venue de Merkel en France pour soutenir notre candidat président est donc une bonne nouvelle. Pour les générations les plus anciennes ou pour ceux qui ont considérablement souffert au siècle dernier de l’agression allemande, ils doivent mettre de côté leurs sentiments d’amertume.
    Les autres, choqués à juste titre d’une telle attitude, – qui pourrait imaginer de Gaulle ou Mitterrand invitant respectivement Adenauer ou Kohl à venir les soutenir pour une élection présidentielle ? – , doivent également mettre leur orgueil dans la poche.

    L’aide apportée par Merkel à Sarkozy est en fait un aveu de faiblesse. À nous, femmes et hommes attachés à la démocratie, d’en profiter et de pousser notre avantage. Pour cela, nous disposons de solutions autres qui font la part à la justice, à la croissance et au bien-être.

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  • 23 février 2012 à 09:50
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    L’INSEE vient de montrer avec éclat les incohérences et les faussetés de la comparaison France-Allemagne vue par le tandem Sarkozy-Medef. Il en ressort clairement que dans les activités soulmises à la compétition internationale les coûts du travail allemand et français sont équivalents. Il en ressort même que le coût du travail incorporé dans une voiture fabriquée en France est inférieur à l’Allemagne dont pourtant l’industrie automobiule est nettement plus en forme que la nôtre.
    Les sources de la compétitivitéindustrielle allemande sont connues. Pour commencer des dirigeants d’entreprise, y compris dans les plus grandes, qui ont commencé leur carrière à la base comme apprentis et en connaissent de l’intérieur tous les métiers. Un syndicalisme massif, avec lequel le patronat ne peut pas biaiser en jouant sur des syndicats ultra-minoritaires prêts à vendre leur âme et leur signature pour continuer d’être chouchoutés, mais qui est prêt à négocier utilement avec des concessions en temps de récession et de puissants rattrapages en période d’expansion, soutenu par des permanents très bien formés qui débattent d’égal à égal avec les experts patronaux et gouvernementaux. Un encadrement intermédiaire beaucoup plus léger qu’en France, qui laisse beaucoup plus d’initiative aux opérateurs plus qualifiés parce que passés par l’apprentissage industriel. Une R/D d’entreprise beaucoup plus vigoureuse dans les grosses PME parce qu’elle est irriguée par le partenariat avec les très grandes. Une vraie préférence nationale dans le choix des grands sous-traitants qui se traduit par des pratiques de délocalisation très différentes de celles de la France. Des Länder aux compétences infiniment plus larges que nos régions et qui ont les moyens de s’impliquer puissament dans le développement économique en restant en-dessous du niveau d’interception des ayatollahs de la libre concurrence de la direction du marché intérieur à Bruxelles. Notre Medef est-il prêt à s’engager dans ces voies ? Poser la question, c’est déjà y répondre. Sarkozy a-t-il fait quoi que ce soit pour nous rapprocher effectivement de ce modèle autrement que par un misérable point de TVA antisociale ? poser la question c’est là aussi y répondre.

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