« La mer pour les français, c’est ce qu’ils ont dans le dos lorsqu’ils regardent la plage » disait Eric Tabarly

L’humanité, lorsqu’elle va passer de 7 à 9 milliards d’habitants (selon les prévisions démographiques) va connaître trois enjeux majeurs : l’accès à l’eau, l’accès à la nourriture, l’accès à l’énergie. A ces trois défis, c’est la mer qui va répondre là où la terre est déjà saturée.

« La mer constitue le premier « potentiel de vie » de la planète : potentiel alimentaire grâce au plancton, aux algues et aux protéines animales ; potentiel médical grâce aux enzymes et aux molécules des espèces marines ; potentiel énergétique grâce aux « énergies bleues » comme l’ énergie thermique des mers, l’énergie tirée de la houle ou les éoliennes en mer ; potentiel scientifique avec seulement quelques dizaines de milliers d’espèces connues sur un total estimé de plusieurs millions ; potentiel économique avec ses nombreux métiers, ses filières d’excellence et ses millions de travailleurs… » Livre bleu du « Grenelle de la Mer ».

La mer est l’avenir de l’humanité. C’est par la mer qu’on transporte plus écologiquement 90 % des marchandises du monde. C’est de la mer que viennent et que viendront encore plus demain les ressources animales et végétales permettant de nourrir l’humanité, les ressources énergétiques renouvelables pourvoyant à nos besoins d’énergie et de mobilité, les minéraux nécessaires à notre développement, de nouvelles perspectives offertes à l’agriculture, l’industrie, la santé et l’habitat.

« Le domaine maritime français est le deuxième du monde par sa superficie. L’économie maritime française c’est 300 000 emplois, 69 milliards d’euros de chiffre d’affaires, plus de 4 milliards de solde positif à la balance commerciale du pays, soit plus que l’industrie automobile. On attend dans la décennie qui vient 500 milliards d’euros de croissance des nouvelles activités liées à la mer, la France est de taille à en assurer 10 % ». (Michel Rocard)

La mer est nationale dans sa dimension littorale, universelle lorsqu’on navigue en haute mer. Une politique maritime ne peut être qu’internationale, voire mondiale, les mers se situant rarement à l’intérieur des frontières d’un pays.

La mer est également au centre d’enjeux économiques et sociaux – qui dépassent les seules régions littorales – par les activités directement liées à la mer comme par une large part des activités des zones littorales étroitement reliées à l’ensemble du tissu économique. Il convient d’identifier et mettre en œuvre des solutions pérennes afin que les services rendus par les mers et océans soient reconnus et ne se dégradent pas, permettent la compétitivité de nos entreprises et de nos territoires, le maintien et le développement des emplois associés, garantissent ainsi un développement durable


 

Les enjeux pour la France du développement attendu des activités maritimes

 

1 – Une volonté politique claire et affichée

La France, par l’étendue de son espace maritime mondial (2ème ZEE dont plus de la moitié en Polynésie quasi totalement inexploitée) et par son exceptionnelle façade maritime européenne (Atlantique, Manche, Méditerranée) doit être le pivot central d’une politique maritime européenne intégrée, qui prenne en compte toutes les dimensions du fait maritime (mers et littoral), économie et activités maritimes, protection de l’espace et des ressources et obtenir au sein de l’U.E. le leadership d’une structure chargée de la coordination des politiques maritimes.

Elle doit rapidement renforcer sa présence, ses capacités de représentation et de lobbying dans les structures et instances internationales.

2 – La recherche et l’innovation

Le développement des activités économiques et plus encore des activités économiques maritimes repose principalement sur nos capacités de recherche et d’innovation.

Les pôles de compétitivité comme les « Pôles Mer Bretagne Atlantique ou PACA» doivent être prioritairement accompagnés. Ceux-ci doivent travailler en réseau avec les entreprises locales, les centres de recherche et de formation, les autres pôles français, l’ensemble des acteurs du monde maritime et du littoral. C’est en leur sein, grâce aux efforts de recherche et de développement que se situent les gisements d’emploi de demain.

Il nous faut toutefois pouvoir disposer d’indicateurs fiables sur leur efficacité, leurs capacités d’innovation et de diffusion de ces innovations, les impacts sur l’activité économique, le progrès social et l’environnement afin de mieux orienter les programmes et d’optimiser l’investissement public et privé en leur sein.

Plus particulièrement, la recherche scientifique doit être mise en avant et les projets nationaux des sciences de la mer déclinés et valorisés tant aux niveaux régional, national et international.

 

3 – Les énergies renouvelables

L’objectif pour la France est d’atteindre 23 % d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie finale à l’horizon 2020 ; la contribution des différentes énergies marines dans un scénario global a été estimée à 3 % cet horizon.

La France est particulièrement bien placée pour développer un bouquet énergétique maritime global avec les énergies marines renouvelables intermittentes (houlomotrices, éoliennes off shore, hydrolien…), néanmoins le développement des énergies marines ne peut se faire indépendamment des autres énergies renouvelables dans une juste proportionnalité entre les énergies renouvelables marines et terrestres. Nous devons soutenir leur développement en pré-réservant une part de l’énergie intermittente de la puissance électrique appelée sur le réseau électrique, et en systématisant les études d’impact risques-bénéfices.

Les techniques les plus acceptables socialement et environnementalement doivent être privilégiées. Ainsi, il est proposé à terme de favoriser la maturation de la technique des éoliennes flottantes et des plateformes énergétiques polyvalentes qui permettent d’éloigner les machines de la côte au-delà de la limite imposée par la profondeur de la mer.

 

4 – Le transport maritime, le réseau des ports de commerce, l’intermodalité

Nos ports doivent être utilisés à bon escient, mis en réseaux, en tenant compte de leurs capacités. Essentiels pour nos approvisionnements et l’accès aux marchés internationaux, ils doivent permettre un report fidélisé vers les autres modes de transport, en particulier rail et route par l’intermodalité et la connexion de tous les réseaux entre eux.

Le transport maritime à courte distance, le cabotage sont des nouveaux modes de transports plus écologiques et plus économiques dont le développement sur nos côtes devrait être également mis à l’étude. Il en va de même pour le fluvial et les projets de canaux de desserte interrégionaux.

 

5 – L’industrie navale

Le secteur de l’industrie navale a toujours été un secteur soumis aux aléas de commandes conjoncturelles et sectorielles, toutefois des pistes de réindustrialisation existent dans la construction, la réparation navale, la fabrication d’équipement, les sociétés d’ingénierie, la transformation des navires ou le développement des technologies de l’offshore. Le savoir-faire de nos entreprises, nos architectes, nos concepteurs, nos ingénieurs et nos ouvriers est connu et reconnu dans le monde entier, une nouvelle stratégie industrielle doit rapprocher les acteurs et les donneurs d’ordre, permettre des rapprochements et des regroupements porteurs d’avenir et d’emploi. Notre industrie nautique est la meilleure au monde mais nous avons délaissé le marché du yachting ou de la grande plaisance, ils sont à reconquérir.

Le combat pour une évolution de la réglementation européenne sur la construction de bateaux de pêche par exemple, dans des perspectives de pêche durable et responsable, de développement des pluriactivités, comme l’observation scientifique, la dépollution ou le tourisme maritime devrait permettre un nouvel essor de la construction de bateaux neufs.

 

6 -La pêche

La pêche maritime se trouve aujourd’hui confrontée à plusieurs défis majeurs :

  • Le défi environnemental de la durabilité et de la biodiversité.
  • Le défi de la sécurité alimentaire (quantitatif et qualitatif).
  • Le défi de la rentabilité économique.
  • Le défi de l’image dégradée des métiers et de la crise des vocations.

Dans le cadre de la révision de la Politique Commune de la pêche, il apparait nécessaire de :

  • Développer les stratégies de co-expertise entre les pêcheurs, les scientifiques et les environnementalistes, encourager et soutenir les professionnels, dans le cadre de réseaux d’expertise technique.
  • Accompagner financièrement les mutations qui seraient décidées sur l’ensemble de la filière.
  • Renforcer les coordinations institutionnelles au sein des bassins maritimes régionaux

 

7 – Le métier et le statut social des marins

Le métier de marin est par essence international puisqu’il consiste à transporter, par-delà les frontières et les océans, passagers et biens d’un point du globe à un autre ou à exploiter, tant dans les zones côtières que dans les grands espaces hauturiers, les ressources offertes par notre planète.

Pour aller en mer il faut des marins, des hommes et des femmes compétents, expérimentés, capable de travailler dans des environnements dangereux, changeants, mouvants, des espaces confinés, des conditions d’exploitation spécifiques, des approvisionnements plus complexes, des règlementations internationales, des relations multiculturelles.

Le métier de marin est l’un des plus codifié au monde, car il s’exerce dans le pluriculturalisme, on peut aujourd’hui par exemple trouver plus de 30 nationalités à bord d’un cargo de commerce ou d’un paquebot de croisière. C’est le seul métier au monde réglementé par une convention internationale, ratifiée par 120 pays qui détermine les référentiels de compétence nécessaires pour exercer cette activité.

Dans ce métier de marin, et plus spécifiquement sur nos côtes de France, la transmission des compétences, du savoir et du savoir-faire, s’est longtemps faite par la tradition orale. On apprenait ce métier dès le plus jeune âge, de père en fils, à bord des navires ou sur les quais. Mais aujourd’hui la tradition familiale s’estompe, les marins viennent d’un autre univers social, ont d’autres références, d’autres cultures de base. Les centres de formation ont remplacé les maîtres  à bord, les bancs de l’école ceux des embarcations.

Le métier de marin est un vrai métier d’aventure mais aussi un métier d’insertion et de développement personnel. Ce sont des métiers qui restent physiques mais plus techniques et beaucoup moins éprouvants qu’autrefois, avec des alternances entre des périodes de forte activité et de larges plages de congés, des métiers de plein air et au contact direct de la nature, en prise avec les problématiques de développement durable très sensibles chez un public jeune:

  • On peut accéder au métier de marin par la formation continue, sans avoir validé aucun diplôme au préalable. Chaque brevet maritime est international, il correspond à un type de navire et de navigation, à un poste à bord. Pour évoluer, changer de poste dans le monde maritime il faut se reformer, se recycler, aller chercher en permanence le brevet ou le titre correspondant à son nouveau domaine d’activité, sa nouvelle fonction à bord. Dans le monde maritime, la formation continue est plus stratégique que la formation initiale.
  • Les métiers de marins, malgré des conditions de travail quelquefois difficiles, propres aux métiers techniques et aux espaces confinés sont très rémunérateurs (2 à 4 fois plus qu’à terre à niveau équivalent) et permettent des carrières rapides. On peut, par la formation continue, passer en quelques années d’un niveau CAP (matelot) à un Bac + 3 (officier de quart, capitaine de pêche) et même, par la voie professionnelle, revenir à un Bac + 5 d’officier de première classe et bientôt d’ingénieur de la mer.
  • Les marins développent des compétences, une habileté, une polyvalence, une contextualisation du savoir-faire et un savoir agir qui rendent la reconversion à terre très facile, ils peuvent entamer facilement une deuxième carrière et sont très appréciés dans l’industrie.

Il est au niveau européen, absolument nécessaire de renforcer le niveau social des marins, de moraliser et de responsabiliser socialement le recours aux sociétés de main d’œuvre, de renforcer la surveillance et le contrôle dans les domaines de la sécurité, du social, de l’environnement et de l’exploitation des ressources sur le littoral et dans les ports, de retenir systématiquement tout navire ne satisfaisant pas aux conventions internationales de l’OIT

Les modes de contractualisation, de recrutement, de formation, de rémunération, de conditions de vie et de travail des marins, dans le respect des conventions internationales mais aussi de nos lois sociales, de valeurs éthiques et morales, doivent faire l’objet d’une surveillance et d’un contrôle attentif. Nous devons porter au plan international l’objectif d’un haut niveau d’exigence en termes de qualification, de sécurité, de normes sociales et de bien-être des gens de mer, propre à garantir des emplois durables et un travail décent.

L’attractivité des métiers liés à la mer doit également faire l’objet d’un effort nouveau, grâce notamment à la modernisation des relations sociales, la promotion d’une politique ambitieuse de prévention des accidents du travail et des accidents maritimes, la consolidation des parcours professionnels et des filières de formation, la mise en place de passerelles entre métiers.

Un état des lieux des attentes et des exigences sociales, des contraintes et des opportunités économiques, des évolutions technologiques, de l’internationalisation des activités devrait permettre de dégager des perspectives nouvelles en matière de promotion et de communication des métiers maritimes.

 

8 – Le tourisme et les loisirs

Le tourisme littoral et maritime subit une évolution positive et une pression permanente qui se traduit sur les politiques et notamment les politiques foncières des collectivités publiques.

Nous pouvons conserver et développer une capacité d’accueil touristique accessible à toutes les clientèles en engageant des politiques d’aide à la modernisation et en développant des activités de découverte des milieux et des espaces littoraux, en assurant la promotion du tourisme social, du tourisme culturel et de la complémentarité d’activités comme dans le « Pescatourisme » en particulier.

Nous voulons renforcer dans l’action publique portée par l’Etat et les collectivités territoriales, la cohérence du continuum entre patrimoine naturel et patrimoine culturel ; préserver et valoriser le patrimoine littoral et maritime : les ouvrages d’art portuaires et de défense contre la mer, l’architecture rurale et urbaine à usages domestique, public, agricole, artisanal et industriel, le paysage littoral et marin, le patrimoine archéologique, inscrire les ports de plaisance dans une démarche environnementale et notamment paysagère encourager une pratique responsable de la navigation de plaisance et des sports nautiques

 

9 – Les problématiques environnementales

Plus de 80 % de la pollution des mers est issue de la terre. C’est donc en amont du littoral que se détermine la qualité des eaux littorales, mais également celle de la haute mer. Tout doit donc être mis en œuvre avec détermination pour prévenir ces pollutions, les accidents et le rejet des déchets en mer ; assurer une meilleure intégration de la dimension marine dans les politiques conduites sur le littoral en matière de qualité des sédiments littoraux.

Il faut également mettre en place une politique foncière volontariste destinée à assurer la diversité des activités et la mixité sociale, et à lutter contre l’urbanisation excessive du littoral. Développer l’accueil touristique en diversifiant les gammes de produits offerts et en recentrant l’attrait local sur le patrimoine tant culturel que naturel.

Encourager les démarches de qualité et la promotion des productions littorales dans des espaces aussi fragiles, que l’agriculture doit contribuer à préserver et à entretenir : la conchyliculture notamment, qui représente 80 % de la production aquacole française, est étroitement dépendante de la bonne qualité de l’environnement côtier, nous devons développer une gestion proactive de la qualité des eaux de baignades et des eaux conchylicoles.

Les aires marines protégées sont un premier pas vers une gestion partagée et concertée des espaces maritimes dans le respect de la complémentarité d’activités, de la préservation des activités historiques et de l’éco environnement. Nous devons veiller à la manière dont sont assurées la surveillance et la protection de ces zones.

Les rejets et les pollutions en haute mer sont également un sujet de préoccupation. Les règles internationales doivent évoluer, il faut identifier et sanctionner les auteurs des pollutions, faire jouer la responsabilité de toute la chaîne des opérateurs, en allant jusqu’à l’Etat du pavillon poursuivre l’effort de développement de technologies pour la lutte anti-pollution, mieux repérer les pollutions ; améliorer la traçabilité des conteneurs et réduire leurs chutes à la mer.

Rédacteur : Alain POMES, directeur du Centre Européen de Formation Continue Maritime. alain.pomes@cefcm.fr

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