Chère amie, cher ami.

Puisqu’aucun candidat ne combat Marine le Pen (ils en ont tous besoin au deuxième tour pour inventer l’obligation du vote utile : pour Fillon, pour Macron ou pour Mélenchon), c’est le Président de la République François Hollande et le Premier ministre Bernard Cazeneuve qui mènent, un peu seuls, la lutte contre le FN (et la défense du bilan).

Modestement D12 a décidé à l’unanimité lors de son dernier Bureau de faire de même. Nous avons décidé de lutter contre MLP, car nous ne résignons pas à la voir au deuxième tour.

Un premier texte critiquant le programme de MLP que j’avais réalisé rapidement pour être dans les temps vous a été envoyé. J’avais été prémonitoire en rappelant qu’elle était « la fille de son père ». Plusieurs d’entre vous m’ont écrit pour me dire que ce texte leur avait été utile.
Vous trouverez  maintenant un deuxième texte plus détaillé écrit par Wenceslas Baudrillart, et un troisième vous sera envoyé dès que possible.
Nous aurons fait notre travail.

Ne subissons pas l’influence des media et des sondages, gardons notre faculté de réflexion et notre dignité.

Ensuite la dernière semaine, nous vous enverrons un texte pour lutter contre l’abstention.
Jean-Marie Cambacérès.

MARINE LE PEN ET LE FRONT NATIONAL
DANS LE TEXTE

Il y a un point commun entre les soutiens résolus du Front National et ses adversaires déterminés : pour la plupart, ils ignorent le contenu concret de son projet politique, de ses propositions. Quelques thèmes surnagent à la surface de cette ignorance généralisée que justifie le caractère largement passionnel de l’adhésion comme du rejet, caractère qui désarme l’approche rationnelle. Alors comme nous l’avions fait pour les propositions sur le travail et l’emploi des candidats à la primaire de droite, nous nous sommes astreints à LIRE non les déclarations générales, les discours de meetings dans lesquelles tout est emporté dans le flot oratoire qui doit mobiliser les auditeurs avec encore davantage de passion. On peut en revenir à l’analyse raisonnante, rationnelle du contenu du programme du Front : il est expliqué très clairement dans un document accessible sur son site dans un document unique « 144 engagements présidentiels », signés Marine 2017. La cohérence globale entre ces 144 propositions, très diverses dans leur ampleur et leurs ambitions, est résumée dans la conclusion ronflante de son préambule que nous citons pour qu’il soit bien perçu comme le fil conducteur des actions concrètes qui sont projetées :
« Vous en êtes conscients, cette élection présidentielle mettra face à face deux visions. Le choix « mondialiste » d’un côté, représenté par tous mes concurrents, qui cherche à détruire nos grands équilibres économiques et sociaux, qui veut l’abolition de toutes les frontières, économiques et physiques, et qui veut toujours plus d’immigration et moins de cohésion entre les Français. Le choix patriote de l’autre, que j’incarne dans cette élection, qui met la défense de la nation et du peuple au cœur de toute décision publique et qui par-dessus tout veut la protection de notre identité nationale, notre indépendance, l’unité des Français, la justice sociale et la prospérité de tous. »

DE L’ART DE LISSER LES PROPOSITIONS

Lorsqu’on se remémore les professions de foi des candidats aux présidentielles précédentes, on distingue nettement les provocateurs clivants et les anesthésiants rassembleurs. De manière assez inattendue, c’est à cette deuxième catégorie que se rattachent les engagements du Front. Inattendue parce qu’on s’attend à du dur, du tranché, mais en fait cohérent avec cette stratégie de « dédiabolisation » menée depuis des années qui a permis d’organiser une porosité sans cesse croissante entre électorats d’une part, dirigeants d’autre part.

De ce fait on se trouve souvent devant des formulations lisses dont la nocivité et l’incompatibilité avec nos valeurs comme avec les réalités économiques et sociales de la France dans le monde d’aujourd’hui n’apparaissent que par les liens que l’on peut établir entre des propositions situées dans des zones différentes de leur classement. De ci de là apparaissent tout à coup des formules tranchantes qui ramènent à l’essence du Front, nationaliste, identitaire et isolationniste.

Les propositions sont structurées sous des titres qu’on peut sans caricature qualifier de fourre-tout et dont la plupart ne ferait lever un sourcil : Une France libre, une France sûre, une France prospère, une France Juste, une France fière, une France puissante, une France durable. De mémoire d’électeur on ne se souvient pas qu’un candidat ait plaidé avec ardeur pour une France affaiblie, asservie, appauvrie et injuste. C’est donc dans le détail des propositions rassemblées sous ces différents titres qu’il faut plonger.

UN BOULEVERSEMENT DES EQUILIBRES INSTITUTIONNELS ET TERRITORIAUX

La proposition d’ouverture est celle d’un referendum portant sur l’appartenance à l’Union européenne. Elle est évidemment directement inspirée du Brexit dans lequel des Britanniques majoritairement pro-européens se sont laissés entraînés par une campagne de mensonges effrontés proférés par des bateleurs à la Farage ou à la Johnson ne reculant devant aucune outrance et revendiquant fièrement dès le lendemain de leur succès électoral ce droit à mentir à leurs électeurs. Pourquoi le Front national ne se préparerait-il pas à une telle campagne avec la même gestion de la contrevérité aussi bien institutionnelle qu’économique et sociale ?
De ce premier succès référendaire, le Front escompte pouvoir banaliser le recours au referendum, sachant à quel point sur des sujets sensibles il lui serait facile d’exciter ce qu’il y a de pulsions de rejet dans le cerveau archaïque. La proposition clé est d’élargir le champ de l’initiative populaire pour les referendums en faisant sauter les limites actuelles de l’article 11 de la constitution qui, plutôt qu’un referendum d’initiative populaire, pouvant être déclenché dans un climat passionnel relève aujourd’hui d’une initiative partagée incitatrice à la réflexion.
Baisse du nombre de députés (300) et de sénateurs (200) sont énoncés sous la bannière  d’un « établir une démocratie de proximité ». On sera sensible au progrès de la proximité dans une circonscription de plus de 200.000 habitants en moyenne !
Là arrive une proposition radicale : bouleverser l’organisation territoriale en ramenant le nombre des niveaux d’administration à trois : la commune, le département et l’Etat. Disparaissent toutes les formes de regroupement communal qui permettent de garder un vrai service municipal sur tout le territoire sans que soit au moins évoqué un encouragement à la fusion pour toutes les communes du désert français incapables de rendre le moindre service à leurs usagers. Disparaissent aussi les régions qui ne sont pourtant pas nées d’un caprice gaullien mais se sont imposées en plusieurs décennies comme l’échelon pertinent indispensable pour une intervention économique pertinente entre un Etat central incapable de maîtriser la diversité des situations économiques et un département aux ressources trop limitées pour être un agent de développement efficace. C’est en fait le retour au jacobinisme centralisateur qui a su organiser la reconstruction de l’après-guerre et créer quelques champions nationaux toujours efficaces mais aussi quelques désastres nationaux que les contribuables d’aujourd’hui continuent de payer, de plan calcul en sang contaminé et en faillite du Crédit Lyonnais.
Tout ceci est complété par quelques phrases sur les libertés d’expression et libertés numériques qui comprennent le stockage de toutes les données personnelles des Français dans des serveurs situés sur le territoire national, ce qui nous protègera très moyennement contre les intrusions de la NSA mais nous garantira les facultés d’accès de la DGSI.
Une touche d’islamophobie apparait avec discrétion mais efficacité avec la lutte contre l’islamisme qui sape nos libertés fondamentales et un contrôle accru qu’on imagine volontiers dissuasif des établissements d’enseignement hors-contrat, donc pour l’essentiel d’inspiration musulmane.

L’OBSESSION SECURITAIRE

Elle se concentre dans le chapitre « La France sûre » mais on la sent diluée partout, resurgissant au détour d’autres pages bien éloignées. Tout ceci est regroupé sous un chapeau rassurant : « Rétablir la sécurité en veillant à la protection des libertés individuelles. Alors comment s’y prend-on pour les protéger ces libertés ? Tout d’abord, on recrute massivement. Là où les autres candidats avancent qui 5.000, qui 10.000 recrutements supplémentaires (sauf un qui prévoit 10.000 décrutements, seul secteur où il envisage une diminution du nombre de fonctionnaires) le Front en veut 15.000 de plus. Puis on réarme massivement en armes et matériels de toute sorte, mais aussi avec une présomption générale de légitime défense. Quand on a en tête quelques épisodes récents que le temps judiciaire traitera à son rythme majestueux, on imagine sans peine l’explosion des « bavures » qui suivra. Ayant réarmé police et gendarmerie (a-t-on vraiment le sentiment d’un désarmement général quand on les voit descendre de leurs bus et s’équiper avant une manifestation, semblant sortir d’un épisode de Game of Thrones ?), le moins que l’on puisse faire est bien entendu de désarmer les banlieues  et zones de non-droit suréquipées en matériel mortel en commençant par rendre inoffensifs les 5.000 chefs de bande qui les contrôlent : arrestation, sanction pénale et injonction civile d’éloignement devraient y parvenir.
Tolérance, vous avez dit tolérance ? Oui, à condition qu’elle devienne inséparable du qualificatif Zéro. Exécution effective de toutes les condamnations pénales, rétablissement des peines planchers, suppression des réductions de peine automatiques, institution d’une perpétuité réelle permettront de remplir sans peine les 40.000 places de prison supplémentaires construites en cinq ans. Tout délinquant étranger sera expulsé et on pourra avancer son expulsion en l’envoyant exécuter sa peine dans son pays d’origine. L’administration pénitentiaire sera rattachée au ministère de l’Intérieur, ce qui évitera sans doute de se poser des questions superflues sur la préparation de la réinsertion à l’issue de la peine.
La sûreté intérieure passe naturellement par la sûreté extérieure, c’est-à-dire très concrètement la réinstallation de vraies frontières, la sortie de l’espace Schengen et le recrutement de 6.000 douaniers qui pourront recommencer à ralentir tous nos déplacements à l’étranger comme cela se faisait au temps heureux d’un vrai Hexagone qui affirmait sa souveraineté avec les queues interminables aux vacances d’été aux postes de Hendaye et du Perthus avec enfants pleurant dans les voitures surchauffées. Retrouver les joies de l’ouverture des coffres, du questionnement inquisitorial sur les paquets de cigarettes ou les bouteilles de vin achetées de l’autre côté … on voit que les libertés concrètes sont en marche.

Et puis il y a cette vertu souveraine : les frontières permettront enfin de bloquer l’immigration. 10.000  par an, un chiffre simple, plus faible que les recrutements de policiers. Pas de régularisation ou de naturalisation de ceux qui sont entrés illégalement. Mettre fin au regroupement familial. Et une idée qui montre la capacité d’imagination de notre candidat : que la demande d’asile soit déposée dans son pays d’origine par le demandeur avant son départ. Erythréens, Soudanais, Syriens, rendez-vous au consulat de France le plus proche, affrontez le regard des policiers locaux postés devant, présentez aimablement les papiers d’identité qu’ils vous demanderont, répondez sans hésitation à leur question sur le motif de votre venue, voilà qui allègera à merveille un OFPRA en permanence submergé.
Passons sur l’ensemble des mesures de lutte contre le terrorisme et les réseaux fondamentalistes. Le discours est tellement connu : pas de financements étrangers (et comme les financements français ne sont guère autorisés …), fermeture de toutes les mosquées extrémistes, expulsion de tous les fichés S, déchéance de la nationalité pour les binationaux, rétablissement de l’indignité nationale, utilisation du délit d’entente avec une puissance ennemie, création d’une agence unique de lutte antiterroriste aux moyens humains, techniques et juridiques renforcés. L’étranger, à l’exception sans doute des grands blonds aux yeux bleus, aura intérêt à se faire discret.
Pour mémoire, rappelons qu’une des toutes premières mesures prises par Giscard après son élection fut la suspension de l’immigration. Ce sont par cohortes quotidiennes que les chefs d’entreprise venaient frapper à la porte de tous les ministères concernés pour demander des dérogations, les jeunes Français ne voulant pas faire ces métiers colonisés depuis des décennies par des vagues successives d’immigrants, Polonais remplacés dans les mines par les Marocains, aucun jeune Français ne voulant plus descendre au fond des puits. Italiens, Espagnols, Portugais remplacés par des Maghrébins, des Turcs, des Subsahariens sur les chantiers du BTP, les jeunes français ne voulant plus s’exposer aux intempéries. Belle paralysie pour toutes ces entreprises où l’on a développé un sabir efficace à la place de la langue de Molière !

Wenceslas Baudrillart

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