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Mitterrand, Hollande : les similitudes des deux François.

par Jean-Marie Cambacérès. Secrétaire de Démocratie 2012 10/05/2011

 

François Mitterrand, Lionel Jospin et Jean-Marie Cambacérès, en Chine, Février 1981. Photos:Pascal Lebrun.

 

Souvent quand je fais des discours pour présenter François Hollande, ma langue butte et je me surprends à être en train de dire automatiquement, François… Mitterrand au lieu de Hollande, je me reprends in extremis.

J’ai cherché les raisons de cela. Il y a bien sûr le même prénom. Il y a aussi l’habitude passée pendant  quatorze ans et même après de citer François Mitterrand. Cette année encore à Jarnac, où je me suis rendu le 8 janvier avec l’Institut François Mitterrand, cela faisait chaud au cœur de revoir les amis et de visiter sa maison natale. Mais il y a aussi beaucoup de similitudes entre les deux hommes dans leur démarche politique, et c’est cela que je voudrais souligner.

1) L’ancrage dans un terroir.

François Mitterrand n’était pas de la Nièvre mais c’est dans ce département qu’il a effectué son encrage politique. Il en connaissait chaque commune, chaque monument aux morts, je dirai même chaque église et il en avait été pendant des années le Président du Conseil Général.

François Hollande n’était pas de Corrèze, mais lui aussi s’est implanté peu à peu dans ce département, labourant chaque champ, chaque mairie, allant dans tous les marchés aux bestiaux (comme un autre Président Corrèzien) pour lui aussi devenir Président du Conseil Général et être réélu récemment.

2) Une connaissance de la France.

Pendant des années et des années, François Mitterrand a parcouru la France, traversant villes, rivières et vallons. Il aimait son pays, pas seulement intellectuellement mais physiquement.

François Hollande aussi pendant les dix ans où il était Premier Secrétaire du Parti Socialiste a parcouru chacun des départements  de l’Hexagone et de l’Outre-mer. Depuis deux ans il a recommencé, allant chaque semaine dans une commune d’un département différent. Si bien qu’il n’y a pas une seule salle de Conseil Municipal, une seule salle polyvalente, où quand il arrive, l’élu ou le responsable qui l’accueille ne lui dise : » François Mitterrand est déjà venu dans cette salle… ». Et ce, à la grande joie des présents.

3) Une capacité de rassembler la Gauche et les » forces de progrès ».

François Mitterrand a d’abord rassemblé les socialistes (du Congrès d’Epinay aux Assises du Socialisme) puis la Gauche (avec le Programme Commun).  Il l’a fait avec des accords électoraux mais aussi avec des promesses dans lesquelles se reconnaissaient le monde ouvrier et les salariés.

François Hollande est le seul à pouvoir faire de même, c’est d’ailleurs ce qu’il a fait pendant dix ans à la tête du Parti Socialiste. Son action passée est une garantie pour l’avenir. A l’époque où certains, méprisant le vote des militants, avaient appelé à voter contre l’Europe, François Hollande a évité l’éclatement du Parti Socialiste. C’est grâce à lui que le PS est toujours là, uni, et servira utilement à son candidat, quel qu’il soit, désigné par la » primaire ». Il a aussi su passer des alliances électorales et programmatiques avec le reste de la Gauche et les Ecologistes. C’est ce qui a permis dans le passé plusieurs belles victoires électorales notamment aux élections Régionales. Là aussi son attitude passée plaide pour lui aujourd’hui et rend crédible ses appels au rassemblement dès le premier tour pour contrer la montée du Front National.

4) Une rencontre avec la France.

François Mitterrand a été le seul candidat de Gauche à avoir été élu Président de la République depuis que cette élection se fait au suffrage universel. C’est parce qu’au-delà de la Gauche, il avait su rencontrer la France. Il ne faut jamais oublier, qu’au-delà du programme et des propositions, l’élection présidentielle est toujours la rencontre d’un homme (ou d’une femme) avec la majorité des femmes et des hommes de son pays, car pour être élu, il faut avoir plus de 50% des voix.

François Hollande, j’en suis persuadé, est le seul à pouvoir réussir cette alchimie. En effet, tel candidat socialiste pourra peut-être mordre plus sur la droite, mais perdra encore plus sur sa gauche, et tel autre assurera peut-être sur sa gauche mais ne mordra jamais sur le centre et n’attirera jamais les déçus de Sarkozy. A mes yeux, seul François Hollande en est capable, car il a une position centrale sur l’échiquier politique et constitue un pôle de stabilité.

Les Françaises et les Français ne veulent plus de « bling-bling », ni de l’exacerbation des divisions entre catégories. Ils désirent une République harmonieuse et ils souhaitent que l’on empêche la désindustrialisation de leur pays. Ils ne sont pas  protectionnistes, mais ils ne veulent plus ce libéralisme angélique de la Commission de Bruxelles  qui nous désarme devant la concurrence des nouvelles puissances. Pour cela ils peuvent se reconnaître en François Hollande qui veut relancer le « rêve français ».

5) Un groupe d’amis, un Parti et des réseaux très divers.

François Mitterrand a toujours eu un groupe d’amis fidèles (issus de la Résistance, de la IVème république ou de la Convention des Institutions Républicaines), puis il a eu le Parti Socialiste, tout en développant de multiples réseaux en « toile d’araignée ».

François Hollande a aussi : le Parti Socialiste, un groupe d’amis (venant notamment de la promotion Voltaire de l’ENA, de Répondre à Gauche et de Démocratie 2012), et il a lui aussi tissé de multiples réseaux dans toutes les catégories sociales et dans tous les départements. Contrairement à l’UMP et au Front National  qui ont une organisation très hiérarchisée en forme de pyramide, l’organisation de François Hollande, comme celle de François Mitterrand, plus ouverte, permet une meilleure écoute de la société française.

Bien sûr l’époque n’est pas la même (François Mitterrand n’avait pas Internet), bien sûr la situation politique n’est pas la même non plus. Il n’y a d’ailleurs pas d’héritier de François Mitterrand, mais cela n’enlève pas les réelles similitudes entre François Mitterrand et François Hollande, et elles devaient être soulignées en ce 10 mai 2011.

Les symboles ne sont pas tout, mais ils nous raccrochent à une histoire, à une légende. L’année dernière avec mon ami Dominique Villemot, quand nous avons eu l’idée de créer Démocratie 2012, nous avons choisi le 10 mai 2010. Et la semaine dernière, le 4 mai 2011, lors du grand dîner –débat de Démocratie  2012, nous avions tenu à faire une table « François Mitterrand » présidée par Paulette Decraene qui a été la proche collaboratrice de François Mitterrand pendant de très nombreuses années.

Trente ans après la victoire de François Mitterrand le 10 mai 1981, il est bon de commémorer, mais il est encore mieux de s’inspirer des enseignements du passé et d’en faire notre miel. Non pas par nostalgie, mais pour s’ancrer dans l’histoire de France (notre histoire) et pour se projeter dans l’avenir avec confiance, pour assurer aux jeunes générations qui doutent, qu’avec de l’union, des efforts, du travail, du sérieux et de l’espoir, la France, avec eux, est tout à fait capable de relever les défis du monde de demain. Prolongeant l’histoire de François Mitterrand,  François Hollande, avec ses propositions, sa personnalité et sa pratique, est le mieux à même, comme lui, de rassembler les Françaises et les Français pour mettre la France en avant..

Paris le 10 mai 2011.

Par Jean-Marie Cambacérès (ENA promotion Voltaire, ancien député, secrétaire de Démocratie 2012).

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