Au milieu de la campagne du 2e tour, il nous parait plus que jamais essentiel de rappeler quelques objectifs économiques majeurs, qui sont portés par François Hollande, et qui devront guider la réflexion, puis des actions opérationnelles, en vue de la transformation économique pour une croissance responsable. Un levier essentiel de cette transformation sera la finance responsable. Par finance responsable nous entendons une finance qui ne fait pas porter de risques économiques indus à la société, ni maintenant, ni dans le futur,  et qui contribue à l’activité économique et à l’amélioration du bien-être de tous.

Le moins que l’on puisse dire est que la finance du début du XXIème siècle s’est avérée tout sauf responsable. Irresponsabilité d’un système bancaire qui, non content d’avoir frôlé l’autodestruction, a failli emporter avec lui l’économie mondiale. Irresponsabilité des acteurs de cette finance, qui dans leur immense majorité, n’ont pas porté les risques qu’ils ont fait courir, les transférant au contraire vers d’autres, notamment les ménages ou des collectivités territoriales, peu armés pour les assumer… Irresponsabilité enfin, car nombre d’acteurs de ce système financier ont à titre individuel récolté des profits hors de proportion, déconnectés de toute logique économique et du reste de la société.

Cet état de la finance d’aujourd’hui n’est ni incontournable, ni irrévocable. Sans vouloir faire preuve de nostalgie, il faut se souvenir que les Trente glorieuses ont été financées en France par un système financier tout autre, réglementé, encadré. L’organisation financière actuelle, caractérisée par des marchés ouverts qui pèsent sur les décisions économiques, n’est qu’une construction institutionnelle donnée, à un moment de l’histoire. Elle peut évoluer de nouveau. Elle se montre inadéquate aujourd’hui, il est temps de la réformer et de mettre en question ses mythes fondateurs, en vogue depuis trois décennies.

1/ Il faut d’abord en finir avec des exigences de retour sur capital incompatibles avec le potentiel de croissance de nos économies. Exiger, et obtenir, des taux de rémunération de 15% dans une économie, dont la croissance sera à peine de 2%, est dangereux, non durable et s’apparente tout simplement à de la prédation.

2/ Il faut en finir avec la déresponsabilisation des banquiers : rémunérations exorbitantes, systèmes de bonus, multiplication des intermédiaires dans des montages financiers complexes permettant de distribuer des commissions à tous les niveaux… Intéressés aux gains, les acteurs financiers doivent aussi être les premiers à être impactés par les pertes, afin de limiter les effets de l’aléa moral qui a fortement joué ces dernières années.

3/ Il faut enfin revoir l’argument du « too big to fail ». La constitution de mastodontes bancaires, logique dans une compétition où il faut être toujours plus gros, a contribué à des prises de risques impossibles à réguler, car impossibles à sanctionner. Si la monnaie et le financement de l’activité économique sont des biens communs, ils ne peuvent être menacés par le comportement risqué des banques. Ce point va dans le sens d’une moindre taille des bilans bancaires et d’une plus grande diversité des acteurs, ce qui doit permettre une meilleure diversification des risques.

4/ Les marchés financiers ont été au cœur des évolutions financières des dernières décennies, sur la base de la croyance en leur efficience. Si l’efficience des marchés est une notion qui doit être oubliée, il est toutefois illusoire de penser que nous pourrons nous passer de ceux-ci  (surtout quand les non-résidents détiennent jusqu’à 66% de la dette de l’Etat, ce qui est le cas aujourd’hui). Il faut en revanche réaligner les intérêts des banquiers et ceux des acteurs économiques et mieux canaliser les comportements des premiers. Le financement des entreprises, des ménages, des collectivités locales ne doit pas leur faire courir de risques au-delà de leur propres projets et une régulation doit être mise en place qui évite que la recherche de gain du secteur financier, qui doit rester raisonnable pour être légitime, ne dégénère en risques financiers (systémiques ou pas) pour l’ensemble de l’économie réelle. La socialisation des pertes ne doit être qu’un ultime recours.

5/ Pour tout cela, il ne faut pas craindre de :

–          séparer les activités de banque de détail et de banque d’investissement. La gestion des dépôts des particuliers est un service public qui ne peut souffrir de prise de risque démesurée sur les marchés ;

–          interdire les activités et les actifs trop risqués (les emprunts structurés aux collectivités locales étaient par exemple une aberration) et les structures non régulées (il faut s’inquiéter de l’émergence d’un « shadow banking », d’autant qu’il échappe à la surveillance de la banque centrale) ;

–          imposer une transparence sur les rémunérations et les risques portés par les banques (il est très décevant qu’il ait fallu une série de stress tests pour que les banques fournissent une image pas trop infidèle de leurs risques souverains européens) ;

–          favoriser les structures de propriété des institutions financières de type mutualiste ou coopératif, qui permettent aux intérêts des parties prenantes de s’exprimer et qui n’ont pas les mêmes exigences de retour sur investissement ;

–          ramener la finance à l’échelle territoriale pertinente des projets, en impliquant les acteurs des territoires dans les allocations stratégiques : mise en place dans les banques de comités de crédit partenariaux ou de conseils d’orientation stratégiques du développement territorial incluant les acteurs locaux du développement économique ;

–          dans le même esprit, il est évident que les besoins d’une PME, qui peut fonctionner avec des financements locaux, ne sont pas les mêmes que ceux d’une ETI qui exporte ou d’une PME innovante, ou a fortiori d’un groupe. Etre en mesure de mieux différencier les projets en fonction de la taille des entreprises, des secteurs ou de leurs territoires d’impact devra être un élément majeur de la réflexion sur le financement des entreprises.

Il s’agit, grâce à de nouvelles structures, une nouvelle transparence, une nouvelle gouvernance, d’orienter les comportements vers une finance plus impliquée, moins risquée, à l’écoute des besoins économiques réels et des territoires ; nous pouvons espérer par là, pour la très grande majorité des projets, en faciliter le financement.  Les ressources territoriales d’épargne, locales ou nationales, devraient être davantage mobilisées. Cela devrait éviter enfin de trop s’exposer par appel systématique à l’épargne internationale, dont les exigences de rentabilité sont en méconnaissance du terrain.

Cette finance responsable ne s’entend qu’au service d’une économie responsable, soucieuse de la réduction des inégalités de revenus et de niveau de consommation : n’oublions pas que l’accroissement de ces inégalités a poussé à un endettement excessif des plus modestes, au travers d’emprunts risqués proposés par les banques, et aux conséquences systémiques dramatiques que nous savons.

Enfin, la finance responsable contribuera à refuser la préférence pour le présent au profit des intérêts à long terme de nos territoires, de notre économie et de notre société. La protection de notre environnement, le soutien des innovations, la recherche du bien-être des citoyens sont des objectifs de long terme  que la finance responsable doit être en mesure d’accompagner.

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