Face au déclin productif de notre pays qui fait vaciller nombre de nos entreprises, notamment les PME-PMI, la vision de la droite et bien souvent des associations professionnelles (le « comité Richelieu » récemment) se résume à la figure héroïque d’un chef d’entreprise omniscient, vivant isolé de son environnement, qu’il suffirait de libérer de la réglementation sociale et fiscale et des contraintes de financement pour lui permettre de retrouver un  allant et un  gout du risque naturels. A cette vision idéologique, la gauche doit opposer celle d’un entrepreneur « dans le monde », inscrivant le développement de son entreprise dans un projet collectif, coopératif et participatif.

Les PME-PMI françaises doivent grandir. Les politiques sont aujourd’hui surtout orientées vers la TPE, la création d’entreprise, le porteur de projet. Il faut lui ajouter un deuxième volet : le développement (le « growth stage »). Le projet va au-delà de l’économie : La PME est porteuse d’un lien social enrichi (par rapport à un grand groupe), elle a un potentiel « naturel » de contrats de génération. Le projet peut devenir réalité sans dépenses publiques supplémentaires.

Quels sont les enjeux décisifs qui permettront à la PME-PMI d’être plus grande et plus forte dans les cinq prochaines années ? Elle aura quatre rendez-vous stratégiques : l’innovation, le développement international, l’anticipation des transitions écologique et technologique, l’expérimentation. Toutes ces dimensions interagissent. La dynamique d’innovation s’enrichit des liens noués avec des partenaires étrangers, elle se concrétisera en chiffre d’affaires sur les marchés internationaux. La transformation écologique sera un élément différenciant de compétitivité et de résilience. Le test en grandeur réelle sur le territoire sera un démonstrateur de fiabilité et de performance.

Au-delà du financement, quelles sont les contraintes du chef d’entreprise ? L’isolement qui ne lui permet pas d’identifier les partenaires et les relais pertinents de croissance pour son entreprise, le temps qui l’amène à se focaliser trop exclusivement sur le court terme ou les problématiques qui lui sont familières. L’action publique doit desserrer ces contraintes et être un accélérateur de performance.

Le  partenariat de développement et de croissance

Nous mettons d’abord et justement l’accent sur le financement (la banque publique). Mais il n’est rien si la PME-PMI n’est pas accompagnée dans ses choix stratégiques. Nous proposerons à l’entreprise une plate-forme « unifiée » d’ingénierie publique de croissance. Celle-ci conduira  un dialogue global sur le « buisines plan » de l’entreprise mené par des « développeurs » et mettra à disposition des expertises sur l’ensemble des points critiques pour le développement de la PME (innovation, design, transition écologique, développement international, numérique). L’accompagnement se fera sur la durée et à un niveau de proximité régionale[1]. La plate-forme d’ingénierie publique proposera des solutions, éventuellement assorties des financements nécessaires à sa réalisation (via la mobilisation du volet « banque publique » ou  de « l ’assurance-développement »- cf infra). L’entreprise choisira et s’engagera à travers « un partenariat de développement et de croissance ».

L’assurance-développement : le partage du risque

Nouveaux marchés, mutations technologiques, anticipation écologique : le chef d’entreprise doit faire des choix décisifs…pour son entreprise mais aussi pour l’ensemble de son environnement privé et public. Innovation, marché international, expérimentation : il prend des risques, il faut l’inciter à aller de l’avant, il convient de partager avec lui cette prise de risque puisque en cas de réussite, elle sera porteuse d’externalités positives.

Sur le modèle de « l’assurance prospection » de la Coface (compte Etat), nous proposerons une « assurance – développement ». L’entreprise établira un projet de croissance impliquant des investissements dans les domaines de l’innovation, du développement international et de la transition écologique. Ces investissements sont pré-financés. En cas de succès mesurés par la croissance du chiffre d’affaires au bout de cinq années, la PME rembourse le pré-financement. Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, elle conserve les indemnités reçues dans la phase de mise en œuvre de l’investissement.

Levier international, fertilisation locale

Plus internationale, plus locale : l’impératif est double pour la PME-PMI.

Au-delà même  de l’accès aux marchés, l’ouverture internationale doit servir de levier au développement de l’entreprise. Deux exemples :

–          En source de financement additionnel. Nous chercherons à mobiliser les ressources disponibles dans le capital-développement étranger notamment américain (demain émergent) en leur proposant de participer à des fonds de co-investissements aux côtés de la banque publique (ou de ses filiales régionales) et d’entrepreneurs français.

–          La dynamique de co-développement avec nos partenaires du Maghreb sera amplifiée et revue. Il ne s’agira plus seulement d’aller chercher de la main d’œuvre bon marché mais d’asseoir une nouvelle compétitivité à partir des ressources qualifiées de ces pays.

Parallèlement la PME-PMI  se nourrira du territoire par :

–          L’expérimentation. Nous organiserons une « bourse » de l’expérimentation ouverte aux collectivités publiques, aux grandes entreprises et aux acteurs de réseaux où les PME proposeront leurs services et produits innovants à fin de les tester. Chaque fois que possible nous substituerons une pratique d’expérimentation (l’acquisition d’une référence) à une subvention.

–          La création de nouveaux produits et services tournés vers le lien social et les nouveaux besoins nés de la recomposition de l’espace (émergence des métropoles, zones de relégation économique, question des dynamiques aux périphéries).

Inventer le nouveau monde industriel

Le nouveau monde industriel voit le jour, sans nous, alors que nos entreprises ont tous les atouts pour le façonner. Il se construira autour de l’usage et de couples produits/services, d’un retour à la proximité, d’une capacité à réagir et à jouer sur les petites séries « customisées ». Il se nourrira de la créativité, des technologies numériques, de la capitalisation sur l’engagement dans le développement durable, et de la participation de l’usager/consommateur comme des salariés appelés  à s’impliquer dans une logique d’innovation à la fois ouverte et ascendante.  « Construisons ensemble » : une contribution française à ce nouveau monde est possible[2].

******

Les mesures présentées ci-dessus participeront du nouvel élan productif. Elles peuvent être détaillées et argumentées. Elles enrichissent notre projet industriel. Elles devront être articulées à notre politique vis-à-vis des grands groupes et des filières. Elles peuvent être conduites pratiquement à coût zéro pour les finances publiques (redéploiements, transfert de compétences et de ressources déconcentrées vers les régions, produit assurantiel pouvant viser un petit équilibre).

J’ajoute un dernier point. La grande transformation industrielle est devant nous. Nous pourrions utilement nous tourner vers les sociétés de conseil qui en ont fait leur métier (CEIS, Secafi-Alpha, Sémaphores, Sofred, Syndex, Altedia). Elles ont de nombreuses idées. Demain elles seront mobilisées aux côtés des acteurs publics dans la lutte pour la survie productive.

par Denis Tersen.


[1] Plusieurs régions (Bretagne, Aquitaine) regroupent dans une même entité l’ensemble de leurs outils en charge du développement économique, l’Ile de France propose un service « sans couture » d’accompagnement de la croissance de l’entreprise « Paris Région Entreprises ».

[2] Un exemple de PME « nouveau monde » dans le secteur traditionnel des IAA « Michel et Augustin »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *