Pour un nouvel élan

Préface

La société française change, le monde bouge, la Terre chauffe. Que faire ? Chacun sait qu’il n’existe pas de solutions clés en main pour résoudre tous les problèmes qui en résultent. Nos grilles d’analyse datent du siècle dernier, quand ce n’est pas du xixe siècle. Il faut donc à la fois avoir une démarche pragmatique et prudente pour apporter des solutions, tout en ayant une boussole qui pourrait être : Est-ce que cette mesure proposée est juste pour la majorité des Françaises et des Français ? Est-ce que cette décision est bonne pour la France ?

François Hollande a cette approche, car il sait qu’il faut réformer la France, mais il sait aussi qu’il faut le faire prudemment avec le maximum d’adhésion de la société. C’est pour cela que Démocratie 2012 l’a soutenu dès le mois de mai 2010, date de la création de notre mouvement, et que nous continuons à le soutenir, car il va dans la bonne direction. Nous avons confiance en lui. Je suis sûr que le moment approche où les Françaises et les Français reconnaîtront ses qualités.

En ce qui nous concerne, Démocratie 2012 a pour ambition de regrouper des hommes et des femmes de progrès, de sensibilité différente, qui s’intéressent aux problèmes de la société et à l’actualité internationale, qui veulent y réfléchir et proposer des solutions, mais sans s’engager dans des partis politiques traditionnels.

D12 a donc trouvé sa voie à côté des partis et connaît un certain succès auprès de cette frange de la population qui ne vote pas toujours de la même façon mais qui fait les majorités en démocratie selon qu’elle penche d’un côté ou de l’autre en fonction des programmes, des personnalités mais surtout en fonction de l’écoute que l’on porte à ses problèmes.

C’est ce que nous avons essayé de faire depuis notre création, en faisant beaucoup de réunions en régions, des « déjeuners d’écoute », des dîners débats, en organisant des groupes de réflexion, en créant un groupe « jeunes », en faisant remonter tout ce que nous entendons et en proposant des solutions pour les problèmes qui ont été portés à notre connaissance.

Ce petit livret, Pour un nouvel élan, est le fruit de plus de plusieurs mois de réflexion dans des groupes de travail mais aussi d’échanges avec nos membres et enfin d’une adoption lors de nos « rencontres d’été » en juillet 2015. Ces propositions ne constituent pas un programme de gouvernement, car tous les sujets ne sont pas abordés ; de plus, D12 n’est ni le gouvernement ni un parti politique. Ses membres sont simplement des hommes et des femmes, citoyens ayant réfléchi, qui par quelques propositions veulent donner leur avis sur certains problèmes majeurs de notre temps.

Plusieurs de ces propositions peuvent tout à fait être réalisées dans les mois qui viennent, car il faut continuer à améliorer les choses et à réformer la France jusqu’au bout du quinquennat, d’autres encore pourront être intégrées dans le programme du futur candidat en 2017, dont nous souhaitons qu’il soit à nouveau François Hollande, et ne verront donc le jour qu’au cours du prochain mandat, d’autres enfin ne seront peut-être pas retenues.

Quoi qu’il en soit, nous avons maintenant ce texte : Pour un nouvel élan. Nous avons raisonnablement beaucoup d’ambition pour lui et nous allons travailler au mieux à le faire connaître auprès de la population, auprès des instances gouvernementales françaises et auprès des responsables européens. Ce petit livret nous y aidera.

Nous espérons aussi qu’il entraînera votre adhésion et votre soutien, car nous avons besoin de vous.

Jean-Marie Cambacérès,
Ancien député
président de D12.

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La société française change, le monde bouge et la Terre chauffe. La France doit s’adapter pour rester toujours en mesure de s’adresser au monde, notamment à travers l’Europe et la Francophonie.

La société française change, le monde bouge et la Terre chauffe.

La société française change :

La France est devenue urbaine. Le secteur primaire (agriculture, pêche) représente moins de 2 % de la population active. La contraception est légale et répandue. La majorité des naissances se font hors mariage. Les mariages homosexuels sont légalisés. Le nombre des mariages baisse et celui des PACS augmente. La structure traditionnelle de la famille s’estompe et plusieurs modèles de familles cohabitent. Les salariés changent plusieurs fois de métier dans leur existence. On note aussi une certaine tendance au repli sur la sphère privée. Les ménages déménagent souvent. La médecine fait de grands progrès, l’espérance de vie augmente régulièrement ainsi que le nombre des personnes âgées. Le temps de travail ne représente qu’une faible partie du temps de vie. La quasi-totalité des foyers sont connectés et accèdent à une information mondiale. Les jeunes passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux et dans un monde virtuel au détriment du monde réel. Nos concitoyens ne tolèrent plus certaines choses qu’ils admettaient par le passé. La croissance est faible, le chômage s’installe à un haut niveau et augmente depuis des années. Dettes et déficits publics sont importants. La balance commerciale de la France est dans le rouge. La compétitivité de l’économie française s’est détériorée depuis une dizaine d’années. L’abstentionnisme se développe aux élections, et la perte de confiance vis-à-vis des institutions et des partis augmente. L’Union européenne est contestée. Le terrorisme islamiste s’installe. Les cas de racisme et d’antisémitisme augmentent, etc.

On ne peut plus s’attaquer à ces nouvelles questions du xxie avec des grilles d’analyse datant du xxe, voire du xixe siècle. Les seuls critères pour juger des décisions à prendre doivent être : Est-ce juste pour les Françaises et les Français et est-ce bon pour la France ?

Le monde bouge :

Après la chute du mur de Berlin et la fin de l’URSS, le monde s’est peu à peu engagé non pas vers une paix universelle, mais au contraire vers une situation alliant multiplication des conflits locaux et résurgence des motifs traditionnels de guerre : espaces et frontières, ethnies, religions, ressources… Le terrorisme islamiste est venu depuis une quinzaine d’années structurer l’actualité mondiale et s’installe maintenant dans certains endroits du monde en organisation territoriale. Les prises d’otages se sont multipliées… Les grands pays émergents veulent jouer un plus grand rôle sur la scène du monde. La Chine s’impose peu à peu face aux États-Unis et multiplie les points de tension avec ses voisins : Inde, Corée du Sud, Japon, Philippines, Vietnam notamment. Le Japon veut réarmer. La Russie fait preuve d’une nostalgie agressive vis-à-vis de certains de ses voisins issus des empires tsariste et soviétique.

La Terre chauffe :

La pollution se développe partout. Le plastique envahit inexorablement les mers et les océans. Les glaciers et les pôles fondent. Les déséquilibres climatiques s’accélèrent : cyclones, tempêtes diverses, même en Europe et en France (multiplication des « épisodes cévenols »), pays pourtant à climat tempéré. Les périodes de grande chaleur augmentent. La sécurité alimentaire d’une partie de l’humanité est menacée. Le niveau des océans monte. La température moyenne à la surface de la Terre s’élève régulièrement. Tout cela est vérifié et il n’existe plus de vrai débat avec les climato-sceptiques, en dépit de la force des lobbies énergétiques. Ce bouleversement climatique en voie d’accélération est dû aux activités humaines et c’est sur celles-ci qu’il faut agir résolument.

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La France doit s’adapter si elle ne veut pas être rapidement dépassée, si elle veut rester indépendante et continuer à pouvoir s’adresser au monde, notamment à travers l’Europe et la Francophonie.

Face à la société qui change, la France doit s’adapter et se réformer.

La France doit s’adapter et faire des réformes sur tous les plans : économique, social, organisation de l’État et des collectivités locales, mixité urbaine et sociale, régimes sociaux, etc. La période est difficile. Les pays les plus développés ne connaîtront plus de périodes à croissance importante génératrice de plein-emploi. Pour maintenir son système social, la France (et plus largement l’Europe) doit l’adapter si elle veut éviter l’explosion de ce système à terme. Le gouvernement a bien compris cela et s’y emploie, avec certes plus ou moins de succès selon les secteurs, mais sans que personne ne puisse le contester : CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), pacte de responsabilité, mesures de simplification, accords interprofessionnels sur la sécurisation de l’emploi, sur la formation, sur la pénibilité, réforme territoriale, loi Macron, etc.

Pour réussir, il faut dépasser les conservatismes qui s’expriment, à gauche comme à droite, et qui freinent ces réformes. Ces conservatismes viennent du fait qu’une partie de la France se recroqueville : sur ses « vieilles lunes », sur ses professions protégées, sur ses avantages acquis, sur ses certitudes, sur ses ghettos (dans les banlieues ou dans les zones rurales délaissées), en un mot sur elle-même.

La série d’articles montrant du doigt les jeunes Français qui partaient étudier ou tenter leur chance à l’étranger est symptomatique. Cela était dénoncé comme un échec du gouvernement, incapable de garder sa jeunesse, alors qu’il faut encourager ces expériences à l’étranger, très utiles pour notre pays et symétriques de l’accueil de tant de jeunes étrangers venus étudier et travailler chez nous.

La traduction politique de ces replis frileux à travers la montée du Front national est inquiétante. Cela conduit peu à peu à un tripartisme qui pose la question de la présence de la gauche et plus largement des forces de progrès au second tour des diverses élections.
Sur ce point, au-delà des actions qu’il faut mener à moyen et long terme, D12 réaffirme tout simplement la nécessité de l’union : union de la gauche, union des forces de progrès et de la majorité présidentielle dès le premier tour de toutes les élections à venir et barrage républicain au second, si la situation l’exige.

Pourtant, une large partie de la France est ouverte, tournée vers le monde et dynamique, et notre jeunesse, prête à s’engager, est en attente d’une société qui lui donne toutes ses chances. C’est cet ensemble, bridé par toutes les lourdeurs, préventions et verrous, que nous devons faire évoluer dans un esprit d’ouverture et de solidarité. Dès juillet 2014, D12 a relancé son action en direction des jeunes et entend la développer en permanence à Paris et en régions.

Il faut tout d’abord réaffirmer l’unité de la République et l’égalité de tous. Il faut ensuite ouvrir les yeux et les cœurs de nos concitoyens, dès leur jeune âge, pour lutter contre le repli sur soi. C’est pourquoi nous proposons : qu’aucun enfant ne termine sa scolarité primaire « sans avoir vu la mer », toujours dans le primaire que l’on instaure à intervalles réguliers des séances de « show and tell » dans les écoles, et que dans le secondaire aucun jeune ne termine sa scolarité sans être allé à Bruxelles ou avoir voyagé dans au moins un autre pays européen. D12 se réjouit qu’un service civil volontaire le plus large possible ait été institué début 2015. D12 propose cette mesure depuis longtemps (Jean Levain avait posté un article sur ce sujet sur le site de D12 dès novembre 2011 et ce texte avait été transmis le mois suivant au candidat François Hollande). D12 se réjouit aussi que le gouvernement ait créé une « réserve citoyenne ».

Nous avions proposé aussi que le 9 décembre soit instituée une journée de la Laïcité : nous sommes heureux que cela ait été décidé pour l’école. Nous proposons que cela soit étendu à l’ensemble de la société française. À l’instar de la fête de la Musique, que le 9 décembre devienne une grande fête de la Laïcité et du Vivre Ensemble. Cette initiative peut prendre de l’ampleur dès le 9 décembre 2015, qui sera le 110e anniversaire de la promulgation de la loi de 1905 décidant de la séparation de l’Église et de l’État.

Pour éviter la radicalisation de certains jeunes, le gouvernement a bien compris qu’en plus de mesures renforcées concernant la sécurité (absolument nécessaires sur le terrain et sur Internet), il faut des décisions concernant l’école, l’aide à la parentalité, l’urbanisme, l’égalité professionnelle, l’apprentissage et d’autres secteurs.

Pour éviter aussi des césures dans la continuité entre le milieu scolaire et préprofessionnel et pour favoriser des passerelles entre toutes ces mesures, nous proposons qu’une « conférence nationale du Vivre Ensemble » soit instituée avec des représentants de l’État, des grandes associations philosophiques et religieuses, des collectivités locales, des associations nationales caritatives, des organisations professionnelles, des organisations culturelles et des entreprises, avec des déclinaisons en régions et un secrétariat permanent. Cette instance permanente pourrait étudier tout nouveau projet (émissions sur le Vivre Ensemble à la télévision publique, Tour de France de la citoyenneté, etc.), et surtout elle assurerait le suivi des décisions prises, leur cohérence et ferait le point des avancées à intervalles réguliers. Des mesures de mixité sociale et ethnique devraient être proposées, non seulement par commune mais par immeuble. La création de cette conférence nationale du Vivre Ensemble et sa composition très ouverte (à l’exclusion des partis politiques) pourront mobiliser la jeunesse en sa faveur, jeunesse prête à s’engager.

La culture doit être un élément puissant de cohésion, d’ouverture et de créativité de la société. À côté des grandes institutions publiques de la culture, il faut favoriser la reconnaissance et l’accompagnement des nouvelles pratiques qui émergent souvent loin des circuits institutionnels et prendre en compte les mouvements culturels qui en découlent. L’animation et la création culturelle, dans les écoles, dans les banlieues et en milieu rural, ont aussi un rôle important à jouer.

Nous proposons que le gouvernement donne l’exemple de son ouverture d’esprit et prenne une initiative médiatique plongeant ses racines dans la Grande Histoire, de l’ère Meiji au Japon ou du général de Gaulle après la Libération : envoyer des délégations représentatives de la société française (élus, fonctionnaires, syndicats, entreprises, agriculteurs, artistes…) dans des pays où certains sujets, dans tel ou tel domaine, sont mieux, ou tout au moins apparaissent mieux, appréhendés qu’en France. On peut citer les USA, l’Allemagne, la Chine, le Japon, la Suisse, les Pays-Bas, l’Italie, le Costa Rica ou le Danemark… Ceci témoignerait d’une France à l’écoute du monde.

Sur le plan économique et social :

Nous devons admettre que, dans les années à venir, nos sociétés développées ne connaîtront pas les taux de croissance importants du passé avec des créations d’emplois salariés en nombre suffisant pour que le chômage baisse significativement. Nous ne sommes pas dans une crise passagère qui dure, nous sommes dans une mutation de société. Les nouvelles technologies concernent maintenant tous les secteurs de l’économie et menacent les formes classiques de l’emploi. Il faut donc, tout en continuant à œuvrer avec des armes connues (compétitivité, innovation, formation, emplois d’avenir…), favoriser dès à présent les activités économiques moins basées sur la rentabilité et le profit, et insister sur de nouveaux secteurs, comme « l’économie verte », l’économie circulaire ou la mise en valeur des fonds océaniques. Un type d’agriculture nouvelle doit être encouragé, tant pour une alimentation de qualité que pour le maintien de la vie en zone rurale, l’entretien de la nature et des paysages.

Les modèles économiques alternatifs doivent être valorisés parce qu’ils créent de l’activité et reposent sur des démarches de solidarité recréatrices de lien social. Coopératives, mutuelles, associations, systèmes d’échange local (SEL) et toute autre forme d’entreprenariat social, initiatives de revitalisation territoriales, tous doivent être encouragés. La loi récente sur l’économie sociale et solidaire y contribue déjà. Mais il faut aller plus loin et inventer un cadre juridique qui sécurise, sans les freiner, toutes les formes nouvelles que peuvent prendre ces initiatives locales (par exemple de nouvelles formes d’assurances collectives par la création d’un fonds de garantie des activités solidaires qui auraient été labellisées). Dans le même esprit de dynamisation des initiatives, on doit pouvoir aligner le régime des paiements fiscaux et sociaux des professions indépendantes et artisanales sur celui des autoentrepreneurs (pas de paiement fiscal ou social avant l’encaissement des premières recettes). Enfin on peut mobiliser un formidable gisement d’emplois dans les PME et TPE en alignant le soutien de l’État pour leurs contrats aidés sur celui du secteur non marchand. Il faut aussi adapter certaines conventions collectives, pour tenir compte des spécificités de ces secteurs et de la volonté assumée de leurs acteurs de ne pas avoir comme buts prioritaires des hauts niveaux de rémunération et de profit. Car un de nos objectifs doit toujours être de lutter contre le chômage et de le faire baisser.

Sur des points plus précis, il faudra : remettre sur le métier la négociation sur les « seuils » pour libérer certaines énergies dans les PME, ainsi que celle sur les retraites et sur l’indemnisation du chômage, progresser toujours dans la simplification dans tous les domaines, aussi bien des normes administratives que du Code du travail, améliorer l’accès aux documents administratifs et, pourquoi pas, créer un organisme qui, seul, collecterait les différentes taxes et impôts dus par les petites entreprises et les professions libérales puis les « dispatcherait » aux autres organismes ; cela leur simplifierait la vie.

Nos politiques sociales aussi doivent être repensées, sans craindre de renouveler nos conceptions classiques de la redistribution. Il est frappant de voir que les Français, qui se déclarent si attachés au maintien de leur modèle social, sont en même temps de plus en plus critiques à l’égard de ses effets pervers, au point aujourd’hui d’être majoritairement acquis à son adaptation. Pour résumer ce malaise, un même montant de RSA (ou autre indemnité) dans une grande agglomération urbaine et en zone rurale n’assure absolument pas la même préservation du niveau de vie. Il faut donc travailler sur le concept du « reste à charge » ou « reste pour vivre », seul moyen de recréer une forme d’égalité réelle devant la diversité des situations individuelles et territoriales.

Sur le plan des mœurs, quelques réflexions :

Sur la gestation pour autrui (GPA) : Bien que ce sujet ne soit pas à l’ordre du jour ni la priorité des Français, les récentes décisions de la Cour européenne de justice et de la Cour de cassation, ainsi que le développement de cette pratique, malgré son interdiction en France, amèneront tôt ou tard notre pays à se reposer la question de sa légalisation. C’est un sujet trop important pour ne l’aborder que de façon contrainte sous la pression des événements. Il serait plus judicieux de l’anticiper sereinement dans le cadre d’un débat ouvert, comme la France a su le faire depuis plusieurs années sur les questions de bioéthique. En effet, il y a un véritable débat de fond entre la demande des couples sans enfants de pouvoir obtenir une telle gestation et la crainte de la marchandisation du corps humain.

Le même type de raisonnement pourrait être appliqué à la légalisation du cannabis.
Le débat sur la fin de vie s’est imposé aussi. Le président de la République a souhaité que le Parlement s’en saisisse.

Il faudra aussi veiller à ce que le principe de précaution inscrit dans la Constitution ne freine pas l’innovation et la recherche en France.

Sur le plan politique, quelques propositions.

Nous sommes conscients, là aussi, que toutes ces propositions ne sont pas forcément à l’ordre du jour à court terme :

Instaurer une dose de proportionnelle (au moins 10 % sur une liste nationale) dans les élections législatives pour que personne ne se sente exclu du débat politique national (cela d’ailleurs améliorerait plus facilement la représentation des femmes), modifier le statut pénal du chef de l’État, supprimer la « réserve parlementaire », permettre au président de la République de s’exprimer devant le Parlement, instaurer le droit de vote aux étrangers aux élections locales, renforcer l’utilisation des référendums locaux, créer un grand instrument de discussion publique en ligne auquel les jeunes se sentiraient plus attachés et leur permettant de s’engager plus (Politiclic est un exemple qui va dans le bon sens).

Les jeunes sont prêts à s’engager dans l’action politique, mais pas telle qu’elle est pratiquée dans les partis traditionnels. Les « jeunes » de D12 ont écrit le 19 décembre 2014 au président de la République, et ce dernier leur a répondu le 5 février. Pour que leurs propositions puissent trouver une suite, une réunion avec deux de ses conseillers à l’Élysée a été organisée le 5 mars 2015. Depuis, le groupe « jeunes » de D12 structure son réseau en régions.

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Face au monde qui bouge, la France doit continuer à s’adresser à l’universel.

Avec les réformes lancées par le président de la République depuis plus de trente mois et d’autres qui le seront, gageons que la France va réduire ses déficits (État, collectivités locales, sécurité sociale, commerce extérieur), se réformer, et qu’elle pourra ainsi pérenniser son système social en l’adaptant, qu’elle pourra garder son indépendance et continuer à s’adresser au monde. La France est une des premières puissances du monde. Les peuples du monde entier, si ce ne sont les États, attendent beaucoup d’elle.

Depuis trente mois, les succès de François Hollande à l’international sont reconnus : rétablissement des liens de confiance avec l’Afrique, prise en compte réelle de l’Asie, opérations de lutte contre le terrorisme (notamment au Mali), début de réorientation de la politique économique et monétaire de l’Europe, vente du Rafale pour la première fois dans plusieurs pays étrangers, interventions (avec Angela Merkel) pour un accord en Ukraine, position centrale de la France dans la résolution de la crise grecque, etc.

Sur le plan économique comme sur le plan militaire, la France est encore une des rares puissances mondiales qui peut se faire entendre, mais elle ne peut pas résoudre tous les problèmes à elle seule, d’ailleurs même les États-Unis eux-mêmes n’en ont plus les moyens. Ceci dit, la « République unie » n’en serait que plus forte dans son message au monde.

Démocratie 2012 avait organisé un colloque en novembre 2013 à la maison de l’Amérique Latine sur le thème « L’image de la France vue de l’étranger », avec des intervenants prestigieux et conclu par un conseiller du président de la République, Matthieu Peyraud. Ce colloque avait montré que l’image de la France était contrastée : pas très bonne sur le plan économique et social (trop de taxes, trop de charges, trop de formalités administratives, trop de grèves), mais excellente pour la qualité des infrastructures, des services publics et du système de santé, ainsi que sur les plans scientifique, culturel et environnemental. Pour contrer la mauvaise « image business » de la France qu’avait donnée à l’étranger la taxe à  75 %  sur les plus hauts revenus, Dominique Villemot, président d’honneur de D12, avait rappelé, lors de ce colloque, l’existence en France du statut fiscal d’impatrié, qui permet aux cadres recrutés à l’étranger de ne pas payer d’impôts durant cinq ans sur une partie de leurs revenus. François Hollande a repris cet argument lors de son discours à Davos le 23 janvier 2015.

La France devait donc améliorer son message en matière économique et sociale, et le gouvernement a pris des mesures dans ce sens, et les choses se sont améliorées. Mais le message primordial de la France doit rester avant tout culturel et intellectuel, on pourrait rajouter environnemental sans crainte de se tromper tant les souhaits d’un monde moins pollué rejoignent cette qualité de vie reconnue dans notre pays.

Qu’ils vivent en France ou à l’étranger, les Françaises et les Français doivent être fiers d’être Français. La France doit incarner une société où il fait bon vivre ensemble avec une liberté d’expression et la liberté tout court. Elle doit défendre la laïcité, les droits de l’homme et la paix. La France doit tout d’abord expliquer au monde ce qu’est la laïcité, concept peu connu et souvent mal compris. Nous proposons que, le 9 décembre, toutes nos ambassades prennent des initiatives, différentes bien sûr selon les pays, mais systématiquement, pour organiser des événements (publications, colloques, rencontres d’intellectuels, rappels historiques) afin de vulgariser et mieux expliquer au monde le concept de laïcité.

La France devrait proposer que les grands thèmes qui sont la colonne vertébrale de notre modèle social (liberté d’expression, liberté, démocratie, laïcité, protection sociale, égalité hommes femmes, règles communes du vivre ensemble) deviennent ceux de l’Union européenne et de l’Organisation internationale de la francophonie. Non pas pour que toutes les mesures s’appliquent partout de la même façon, mais pour que, sur les grands principes, l’Europe et la Francophonie s’adressent au monde d’une voix non pas unique mais commune. Dans un premier temps, des groupes de travail pourraient être institués sur ces thèmes au sein de l’Union européenne et de l’OIF.

Pour endiguer ces vagues de rejet de l’Europe, un cours commun d’instruction civique européenne serait rédigé collectivement par une groupe de réflexion formé de représentants des 28 pays et serait dispensé pendant les programmes du secondaire dans tous les collèges et lycées des 28 pays membres de l’Union. D12 va porter cette idée au cours des prochains mois, notamment dans d’autres pays européens, et au sein du Parlement européen et de la Commission Européenne.
La France pourrait aussi proposer que les budgets de défense des divers États européens soient sortis du calcul des 3 % de déficit pour mieux assurer la défense de l’Europe face aux nouvelles menaces. Les 28 pourraient être plus sensibles à cette idée, à un moment où il ne faut pas « baisser la garde ». D12 souhaite qu’une taxe sur les transactions financières soit instaurée dans les 28 pays membres (afin qu’il n’y ait pas de concurrence fiscale entre eux) et aille directement au budget de l’Union sans passer par les États, que la lutte contre la fraude fiscale soir renforcée, qu’une grande politique européenne « océanique » à l’instar de la politique « spatiale » européenne (qui est un succès) soit mise en place. L’océan est une partie de l’avenir de l’humanité.

D12 soutient la récente proposition du président de la République d’instaurer une meilleure gouvernance de la zone euro, l’Europe des 19.

La Francophonie doit être aussi une grande ambition nationale. Non pas une Francophonie défensive, mais une Francophonie fière d’elle-même, qui devrait commencer par persuader nos femmes et hommes d’affaires de parler français systématiquement dans un pays étranger plutôt que l’anglais, alors que des accords intergouvernementaux sont passés pour que des jeunes de ces pays apprennent le français. L’OIF ne devrait pas être ouverte aux seuls États, mais, selon des modalités à définir, à toutes les associations passionnées par la langue française, même celles qui ne sont pas dans des pays membres de l’OIF. L’avenir du français n’est pas seulement en Afrique, mais aussi en Asie, comme pour l’Église catholique, si nous pouvons oser ce parallèle. Le pape François, qui l’a d’ailleurs bien compris, s’est rendu plusieurs fois en Asie. En effet, un pourcentage même faible de personnes apprenant le français dans un continent de 3 milliards d’habitants, cela fait quand même du monde !!! Un véritable « Davos francophone, économique, social et culturel » serait créé et aurait lieu chaque année à l’île Maurice, « pont bilingue (franco-anglais) » entre les mondes africain et asiatique. La promotion du français en Europe et sur Internet sera repensée et aussi consacrée cause prioritaire.

Nous faisons à cet égard une proposition très précise : publier un dictionnaire du « français universel ». Le français tel qu’il se parle, tel qu’il innove chaque jour, prend souvent des chemins de traverse suivant que cela se passe à Haïti, au Québec, en Suisse ou au Sénégal. Chaque peuple francophone a ses innovations, ses trouvailles, ses inventions langagières. Ce n’est pas insulter les dictionnaires existants que de dire qu’ils restent centrés sur le français hexagonal. Au moment où l’Académie française a élu en son sein un écrivain haïtien, Dany Laferrière, nous proposons que la France lance l’idée d’un groupe de travail de linguistes des pays de la Francophonie avec pour mission de publier un Trésor du français universel dans lequel puissent se reconnaître aussi bien nos agrégés de lettres classiques que les jeunes des banlieues de Montréal, de Kinshasa, d’Hanoï, de Toulouse ou de Marseille.

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La Terre chauffe. Que faire ?

Tout cela paraîtra peut-être un jour dérisoire si les pôles fondent, si les océans montent, si les déserts progressent, si dans d’autres endroits les populations fuient la famine, les déluges ou les tornades trop fréquentes. La question de l’immigration, déjà importante, se posera avec encore plus d’acuité, avec le risque possible de millions de réfugiés climatiques s’ajoutant aux centaines de milliers qui fuient déjà les dictatures, les guerres et la pauvreté.
La défense de la planète va être ainsi un des grands messages de la France en 2015, qui va accueillir en décembre la conférence internationale sur le Climat. Le président de la République et le gouvernement font tout pour aboutir à un accord entre les États sur cette question complexe. D12 soutiendra toutes leurs initiatives. Pour être exemplaire, la France a adopté en juillet 2015 la loi de transition énergétique.

Ce thème ne doit pas apparaître aux yeux de nos concitoyens simplement comme une rencontre des « grands de ce monde » ou comme de la simple « communication ». Cette conférence doit aboutir non seulement à un accord mondial pour freiner le réchauffement de la planète à 2 degrés, mais aussi à des projets concrets d’investissements massifs dans le domaine de « l’économie verte » pour une « croissance verte », à des décisions concernant les ISR (investissements socialement responsables) et la lutte contre les gaspillages, et pas seulement dans les pays développés (en Inde par exemple, plus de 35 % des récoltes sont perdues à cause d’une mauvaise maîtrise des techniques de stockage et de la chaîne du froid). Il faut que cette conférence débouche sur des décisions concrètes ayant des répercussions positives pour l’emploi en Europe, et bien sûr en France.

Il faut viser aussi à ce que, dans les années qui viennent et dans le monde entier, il y ait une véritable « écologisation » de l’ensemble de l’industrie et plus largement de l’activité humaine, et pas seulement quelques progrès dans un secteur « écologique » restant minoritaire à côté d’un secteur « polluant » toujours majoritaire.

Pour sensibiliser et responsabiliser tout le monde sur ce sujet, nous proposons que tout habitant de la planète s’engage à ne pas chercher à « climatiser » son environnement (habitation, bureau, transport, etc.) à moins de 21 °C en été et à plus de 19 °C en hiver.
Sur un plan plus ponctuel, nous souhaitons qu’à l’occasion de la COP21 soient organisés à Paris des parcours « écolos » (à pied, à vélo ou en auto électrique) de visites des principaux musées. Cette initiative perdurerait après la COP21 et pourrait être dupliquée dans plusieurs métropoles du monde.

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Nous pensons que ces propositions de notre plateforme : Pour un nouvel élan sont importantes et qu’elles seront bien reçues, notamment par la jeunesse. Bien sûr, elles ne couvrent pas tous les secteurs, mais nous n’avons pas voulu faire un programme de gouvernement. D12 n’est pas le gouvernement, ce n’est pas non plus un parti politique. Avec cette trentaine de propositions, notre club entend éclairer l’avenir et par ses réflexions contribuer à animer le débat d’idées, à Paris et en province, dans les mois et les années qui viennent.

Adopté aux « rencontres d’été » de D12 le 26 juillet 2015.

Si vous souhaitez commander la version papier, adressez un email à wbaudrillart@hotmail.com