Chères amies, chers amis.

 

1) Introduction.

L’actualité politique est pleine de rebondissements depuis notre dîner-débat du 22 février. Heureusement que nous avions maintenu la décision du Bureau national de D12 de rester neutres. Depuis, D12 a continué à dérouler ses activités conformément à ce que nous avions écrit et dit. Et je remercie le petit groupe, et notamment Florence Ginisty, qui a analysé en détail les programmes d’Emmanuel Macron et de Benoit Hamon, et leurs convergences et divergences avec l’action de François Hollande dans le quinquennat et leurs reprises de propositions de D12.

Il faut mettre maintenant en perspective tout cela pour notre Bureau de demain, où nous devrions décider de la position de D12 pour l’élection présidentielle au regard des trois critères que nous avions annoncés à savoir : les programmes des candidats, leur attitude vis-à-vis de François Hollande et leur possibilité de majorité future pour pouvoir gouverner. Je vais m’essayer à cette synthèse, à mes risques et périls, mais en responsabilité.

 

Je vous écris ces quelques mots, sans tout vérifier, à mon retour d’Asie (Singapour, Malaisie et Indonésie) ce matin à 6h (un peu fatigué). Le Président de la République m’avait en effet fait l’honneur et le plaisir de m’inviter pour ces trois dernières visites d’Etat à l’étranger. Bien que les médias français en ait très mal rendu compte, ce voyage a été un grand succès sur tous les plans : diplomatique, défense, économique, environnemental et culturel. On imagine mal l’importance de la France et l’image positive de Francois Hollande à l’étranger. Son dernier discours devant la communauté française, très nombreuse, à Jakarta et la dernière Marseillaise de son mandat jouée à l’étranger, furent pour moi particulièrement émouvants.

 

2) Les programmes :

– Emmanuel Macron.

Ce qui ressortait de la majorité des propos lors de notre dîner-débat du 22 février, c’est que le programme d’Emmanuel Macron, que personne n’avait lu, puisqu’il ne l’avait pas publié, était celui qui devait correspondre au mieux à l’action menée pendant le quinquennat notamment sur le plan de : la compétitivité des entreprises, la réduction des dépenses publiques, l’Europe, la simplification du droit du travail ou la simplification administrative tout court. L’analyse détaillée de son programme, quand il fut publié, confirme cela. 60 % de ses propositions seraient dans la ligne de François Hollande, et de nombreuses propositions de D12 peuvent se retrouver dans cette partie de son programme. Par contre, au-delà de déclarations maladroites comme l’inexistence d’une culture française, plusieurs propositions non connues le 22 février posent problème soit par les oppositions qu’elles peuvent engendrer ou de par leur caractère irréaliste : Suppression de la taxe d’habitation, taxation à 30 % de l’assurance, création d’un service militaire obligatoire, des classes de 12 élèves en REP, création d’une assurance chômage universelle, suspension du compte pénibilité… D’autres encore risquent de soulever de fortes oppositions comme : l’inversion totale des normes pour tous les aspects du contrat de travail, l’unification des régimes de retraite, le retrait des actions en bourse du calcul de l’ISF, la fin du dialogue social entre partenaires sociaux auquel tiennent beaucoup les syndicats notamment la CFDT… voire même une très forte mobilisation sociale comme contre Juppé ou Villepin à l’époque, ce qui les rendrait impossibles à faire passer. François Hollande savait jusqu’où aller pour réformer petit à petit la société française sans trop de casse.

 

– Benoit Hamon.

Ses propositions considérées irréalistes comme : le revenu universel (au-delà de l’aspect financier, cette proposition ne correspond pas à notre idée de la valeur travail), la suppression du nucléaire civil, l’annulation de la loi El Khomri, la poursuite de la réduction du temps de travail, l’abandon de la règle des 3 %, rien sur l’Europe, la renégociation de la dette, le 49-3 citoyen… prennent le contre-pied du quinquennat, ce qui n’est pas acceptable collectivement pour D12. Il faut reconnaître que certaines de ses propositions en matière environnementale et sociétale ou de santé (interdiction des perturbateurs endocriniens) peuvent apparaître comme novatrice et séduire les jeunes, notamment sur le cannabis ou la PMA (D12 proposait de lancer un débat sur ces questions). Il a retenu aussi le vote des étrangers aux élections locales que D12 proposait.

Benoît Hamon a adapté sa proposition sur le revenu universel, est revenu à la règle des 3 % de déficit mais dans 5 ans annulant tout le travail fait progressivement par François Hollande, a abandonné l’idée de la renégociation de la dette, a fait des propositions sur la démocratisation de la zone euro… Mais son programme apparaît toujours, à tort ou à raison, comme un programme de la gauche de la gauche, avec des recettes du passé, et non pas comme un programme social-démocrate ou social-réformiste tourné vers l’avenir.

 

– Jean-Luc Mélenchon :

Remboursement à 100 % de tous les actes médicaux, Université totalement gratuite, retraite à 60 ans après 40 ans de cotisation, abandon de l’énergie nucléaire, 6ème semaine de congés payés, avancée vers les 32 heures, annulation de la loi El Khomri etc. Demain on rase gratis, sans trop se soucier du financement, la réduction des déficits publics n’étant plus à l’ordre du jour, « l’austérité » de l’Europe étant rejetée et l’UE critiquée. Même s’il faut lui reconnaître une certaine constance et une certaine cohérence, tout cela est en opposition totale avec le dernier quinquennat et est très éloigné des propositions de D12. Cette démarche, nous rappelle trop les solutions proposées au XXème siècle, voire au XIXème.

 

– François Fillon :

Avec la retraite à 65 ans, la fin des 35 h, le retour des 39h dans la fonction publique, la suppression de 500000 fonctionnaires, la réduction de 100 milliards du budget de l’Etat… le programme de François Fillon est aussi, mais dans le sens contraire de celui de Mélenchon, en totale rupture avec le quinquennat et la philosophie de D12. Fillon a un peu amandé son programme sur : la sécurité sociale, le nombre de fonctionnaires à supprimer, le forfait d’allègement des cotisations sociales de 350 euros par an et par salarié… Mais tout cela est à la marge. À noter cependant, par honnêteté intellectuelle, que la proposition de D12 (p33 de « Pour un Nouvel Elan ») : « aligner le régime des paiements fiscaux et sociaux des professions indépendantes et artisanales sur celui des autoentrepreneurs », a été repris dans le seul programme de Fillon.

 

– Marine Le Pen :

Sans qu’il soit nécessaire pour nous d’entrer dans le détail, le programme de Marine Le Pen avec notamment : le souhait de sortir de l’UE et de l’Euro, la priorité nationale à l’emploi des Français, les propos du FN vis-à-vis des immigrés et de l’islam, l’alignement de la politique étrangère sur Moscou… serait un danger pour la France et les Français. Toujours par soucis d’honnêteté intellectuelle, nous devons signaler que Marine le Pen a mis dans son programme et elle seule, la suppression de la « réserve parlementaire » qui est une proposition de D12 (p36 de notre fascicule). Nous pensons que cette somme importante donnée aux députés pour distribuer dans leur circonscription constitue une rupture de l’égalité démocratique avec les autres candidats.

 

– Les autres candidats :

Sans mépriser les autres candidats, nous ne pensons pas qu’il soit utile pour D12 de détailler leurs programmes. À signaler toute fois que les propositions de Jean Lasalle (ex-modem) en faveur des zones rurales, qui se désertifient, sont intéressantes, car aucun des autres candidats ne pense à ces parties du territoire français où prospère le Front National.

 

– Des propositions manquantes :

Il faut remarquer que quelques propositions de D12 que nous jugions importantes ne semblent être dans aucun programme (sauf erreur de ma part), à savoir par exemple : l’institution d’une journée de la Laïcité le 9 décembre (p29), la création d’une Conférence du Vivre ensemble (p29), des efforts pour l’animation et la création culturelle dans les écoles, dans les banlieues et en milieu rural (p30), le soutien aux modèles économiques alternatifs (pp 32 et 33), faire de la francophonie une grande ambition nationale (pp 46 et 47), dans le monde entier, ne pas « climatiser » à moins de 21°C en été et à plus de 19°C en hiver (p53). Nous le regrettons et pouvons encore essayer de les faire prendre en compte.

 

3) Les attitudes vis-à-vis de François Hollande.

 

Marine Le Pen, François Fillon ont toujours combattu la Gauche et François Hollande bien sûr. À gauche, Jean Luc Mélenchon a été un opposant à François Hollande dès le début du quinquennat et même avant. On peut d’ailleurs lui reconnaître une certaine honnêteté intellectuelle.

Entre Benoît Hamon et Emmanuel Macron, aucun ne rachète l’autre. L’un a pourri une grande partie du quinquennat en soutenant les « frondeurs » et a signé des motions de censure contre le gouvernement, l’autre a très fortement déstabilisé François Hollande en créant « En Marche », en démissionnant du gouvernement fin août 2016 et en annonçant en novembre qu’il se présenterait à l’élection présidentielle.

De plus aucun des deux ne soutient le Bilan du quinquennat de Francois Hollande alors qu’ils ont tous les deux été ministres grâce à Francois Hollande. Macron a eu aussi des paroles irrévérencieuses le 8 mars vis-à-vis de François Hollande qui ont fait réagir violemment plusieurs membres de D12.

A D12, nous n’emploierons pas de « gros mots », comme « Brutus » ou « traitre », car il ne faut pas insulter l’avenir. Pourtant ces mots ont été et sont beaucoup employés ces temps-ci. D’ailleurs comment appeler le « traitre à un traitre » ? A ce petit jeu, là aussi aucun ne rachète l’autre. Pour reprendre leur expression, depuis 2012, à des degrés différents, qui a « trahi » qui ? Les « frondeurs », Jérôme Cahuzac, Martine Aubry, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Christiane Taubira, Emmanuel Macron, Manuel Valls, Anne Hidalgo ??? Chacun y est allé de son coup d’épaule, pour détruire. Quelle liste ! Une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Pour quel résultat? Le mal semble fait et les divisions profondes.

 
4)     Les alliances.
Quel que soit le candidat élu il aura des difficultés à trouver seul une majorité.
Seule la Droite aurait pu prétendre à cela. Son score aurait été beaucoup plus élevé à l’élection présidentielle si elle n’avait pas eu un candidat empêtré dans des « affaires ». Elle peut encore y prétendre et avoir un sursaut, de toute façon elle va retrouver de la force aux élections législatives qui suivront. En effet elle sera sur le terrain, unie et mobilisée, d’autant plus qu’elle aura le sentiment de s’être fait voler sa victoire à la Présidentielle. Nous rentrerions donc en cohabitation immédiatement après l’élection présidentielle, si Fillon n’est pas élu.

Le danger de voir Marine Le Pen Présidente est nul. Quel que soit le candidat contre elle au deuxième tour, elle serait battue. Le vote utile est un faux argument obligeant à rallier un candidat en acceptant tout et sans réfléchir, quand ce n’est pas pour masquer d’autres raisons. Dans le dernier débat, personne n’a attaqué Marine le Pen, ce qui fut très décevant. Il vaut mieux combattre le FN dans les 3 semaines qui restent pour essayer de l’empêcher d’être au deuxième tour, plutôt que d’appeler au vote utile ce qui sous-entend qu’on est sûr que Marine Le Pen sera au deuxième tour.

Mais le Front National peut prétendre à un groupe parlementaire important. En effet s’il y a peu de triangulaires, de par les divisions de la Gauche, le FN risque d’avoir beaucoup d’élus.

Emmanuel Macron aura lui la plus grande difficulté à constituer une majorité, malgré les ralliements pour le moins hétéroclites autour de lui, et donc à appliquer son programme, tout au moins s’il reste sur ses positions d’aujourd’hui de ne pas vouloir donner de double appartenance pour les candidatures aux élections législatives, à ceux du PS et du PRG qui veulent le soutenir. Il croit à une vague « macroniste » comme pour De Gaulle en 1958. Vu ce qui se passe sur le terrain, cela est loin d’être évident. Pour les élections législatives pour pouvoir rester au deuxième tour, il faut 12,5% des inscrits soit environ 25% des exprimés, ce qui promet une élimination massive de la Gauche, si dans chaque circonscription il y a un candidat ; de Mélenchon, du PC, du PS ou du PRG, d’«En Marche», etc… Macron sera face à une majorité de Droite dans le plus mauvais des cas ou devant une Assemblée Nationale éclatée en plusieurs groupes, ce sera donc le retour à la IVème République plutôt que l’avènement d’une VIème.
Hamon (ou Mélenchon) seraient dans la même situation que Macron.

 

5)     Conclusion.

 

Nous sommes à 21 jours du premier tour, donc les candidats peuvent encore changer 21 fois de propos, d’attitudes ou les mesures de leurs programmes;

Aucun des critères retenus ne nous dirige absolument vers un candidat, même si pour une grande partie de son programme nous nous sentons plus attiré par un vote individuel pour Macron, mais ce sera un vote par défaut pour beaucoup d’entre nous, vu le contexte autour de cette candidature. Il est évident que si les primaires avaient désigné Alain Juppé et Manuel Valls, nous ne serions pas dans cette situation, et si Francois Hollande avait été candidat, non plus. Cette obligation de vote par défaut dans tous les camps risque d’engendrer plus d’abstention et plus de votes blancs que d’habitude.

Tous les partis, sauf le FN, sont divisés dans cette élection : LR, le PS, l’UDI, le PRG, le Modem, les écologistes, le PC, même le Mouvement des Progressistes de Robert Hue n’a pas résisté au ralliement de ce dernier à Macron. D12 a beaucoup de sensibilités, toutes respectables, en son sein. Je comprends les positions individuelles des uns et des autres et les respecte, car je sais que pour vous elles ne sont pas opportunistes, mais il ne faut pas se diviser et ne pas engager le Président par une décision collective.

Quel intérêt de nous diviser ? De plus D12 n’est pas un parti. A quoi cela servirait t-il de soutenir collectivement un candidat qui n’en a pas besoin et qui rejetterait notre soutien de par notre proximité avec François Hollande ?

Nous étions pour l’union de la Gauche et des forces de progrès dès le premier tour (p27 de notre fascicule) , elle ne s’est pas réalisée. Nous n’y pouvons plus rien. Nous sommes pour le barrage républicain au deuxième tour si la situation l’exige (p27 aussi). Nous ferons notre devoir. La position de D12 n’a jamais été « centriste » mais « centrale ». Elle a été de contribuer à rassembler au maximum, pour une majorité présidentielle, les hommes et les femmes de Gauche et de Progrès qui acceptaient de se confronter au réel en gouvernant, pour réformer la France d’une manière juste et lui permettre de s’adapter à la société qui change, au monde qui bouge et à la Terre qui chauffe.
La posture « ni droite, ni gauche » ou « et droite, et gauche » peut attirer une partie de la population le temps d’une élection, mais ne peut en aucun cas structurer de manière permanente la vie politique française.

Pour toute ces raisons je proposerai au prochain BN :

–         Que D12 reste neutre collectivement pour le premier tour, tout en laissant leur liberté individuelle aux membres de D12. Par contre nous prendrons position après le premier tour.

–         Lutter contre le Front National, en démontant d’une manière plus précise ses propositions.

–         Continuer à soutenir François Hollande et défendre le Bilan de son quinquennat en diffusant au mieux l’excellent document récemment rédigé par l’Elysée.

 

 
Ainsi D12 ne sera aucunement engagée dans tous les soubresauts qui ne vont pas manquer de se produire encore pendant les 3 semaines à venir, nous garderons notre capacité de parler à tout le monde dans le camp de la Gauche et du Progrès, et ne serons en aucune façon engagé dans ce qui arrivera après. Nous aurons ainsi gardé notre capacité intellectuelle à « parler » au lendemain du deuxième tour et ne serons pas entrainés dans telle ou telle aventure à laquelle nous aurions donné un chèque en blanc par notre positionnement dès le premier tour.

Je vous demanderai ainsi de soutenir ma proposition de « sage indécision », ou de « neutralité collective » (comme vous voulez), au stade actuel. Nous pourrions de toute façon nous revoir si des changements majeurs apparaissaient brutalement dans l’offre politique avant le premier tour.

 

Amicalement.

Jean-Marie Cambacérès.

Paris le 30 mars 2017.

 

PS : Ce qui ne peuvent venir au BN demain, peuvent envoyer un email donnant leur position, comme certains l’ont déjà fait.

 

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