Une trentaine de délégués de l’association des « Amis du mas mathieu » (A2M) se sont retrouvés autour de Jean-Marie Cambacérès au mas Mathieu à Gailhan dans le Gard pour un dîner républicain convivial le 22 au soir. Ils ont aussi pu admirer une très belle exposition de peinture de 11 tableaux de l’artiste-peintre franco-américaine Jerri Bram  accrochés dans le show-room du mas.

 

Mais auparavant la plupart d’entre eux avait participé à une après-midi de réflexion sur deux thèmes : la situation politique actuelle et l’avenir de notre mouvement. Ces rencontres d’été avaient un sens particulier car elles constituaient le passage de relai entre D12 et A2M.

 

1)      En introduction de l’après-midi de réflexion, Jean-Marie Cambacérès, ancien député du Gard, ancien président de D12 et président d’A2M, a remercié les participantes et les participants venant :  du Gard bien sûr, mais aussi de Paris et de la région parisienne, de l’Hérault, de la Lozère, de l’Ardèche, de la Haute-Garonne, des Bouches du Rhône ou encore du Finistère.  Il rappela ensuite nos positions au cours des derniers 6 mois, depuis le renoncement de François Hollande à se représenter début décembre 2016 jusqu’à l’élection présidentielle de mai 2017. Pour maintenir son unité, D12 avait décidé de rester neutre le plus longtemps possible, puis avait appelé à l’unanimité à voter Emmanuel Macron au deuxième tour de l’élection présidentielle. D12 avait ensuite décidé e se dissoudre lors de son AG du 29 mai et de transmettre ses actifs matériels et immatériels à l’association les amis du mas Mathieu (A2M) qui organisait déjà les rencontres d’été, car beaucoup de membres voulaient garder un lien entre eux. A2M accepta les transferts de D12 à son AG du 28 juin et a réélu Jean-Marie Cambacérès comme président. C’est dans ce contexte que se tenaient ces rencontres d’été.

 

Jean-Marie Cambacérès rappela enfin que les mesures courageuses prises par François Hollande pendant le dernier quinquennat avaient permis de réduire les déficits, d’améliorer la compétitivité des entreprises et de relancer la création nette d’emplois. Tout cela permettait à son successeur d’avoir une France en meilleur état que celle que nous avions trouvée en 2012 et lui permettrait ainsi plus de facilités et plus de marges de manœuvre.

 

2)      Un tour de table fut ensuite organisé, au cours duquel chacun se présenta et donna son sentiment sur la situation politique actuelle .

 

A l’issue de ce tour de table, il ressortait que tous les présents avaient voté pour Emmanuel Macron au deuxième tour de l’élection présidentielle et que maintenant l’assemblée se partageaient en trois groupes : ceux qui restaient inconditionnels d’Emmanuel Macron, ceux qui carrément tenaient des propos d’opposition, et enfin les autres, le plus grand nombre qui ne cachaient pas leur déception et étaient dans l’expectative. Les raisons évoquées de ce désamour rampant étaient multiples :  trop de communication jusqu’à saturation, le flottement sur les réformes fiscales et la crainte liée à certaines (CSG, ISF, taxe d’habitation), l’adoption de certaines mesures dans la réforme du code du travail, la volonté d’instaurer un statut de première dame (une première sous la 5ème République), la baisse générale de l’APL, des réalisations exactement contraire à ce qui avaient été annoncé, exemples : un Gouvernement resserré de 15 ministres alors qu’ils sont déjà une trentaine, des responsables « irréprochables » alors qu’en un mois 4 ministres et non des moindres ont dû démissionner pour « affaires » (une première encore sous la 5ème République), une « démocratie participative » dans EM, alors que beaucoup de candidats aux législatives d’EM ont été désignés quelques jours avant par « relations », sans que les «référents » départementaux d’EM soient informés, pas de « rabotage » des budgets des ministères alors que tous les ministères ont été « rabotés » même la justice, l’intérieur, la défense (ce qui risque d’engendrer de gros problèmes) et aussi l’enseignement supérieur, la coopération…, annonce de la sortie de l’état d’urgence alors qu’en même temps le Gouvernement cherche à pérenniser les mêmes mesures dans une loi ordinaire…

Une autre raison évoquée fut celle d’une impression de vouloir diriger la France par des « technocrates éclairés » et une impression de mépris larvé pour les élus, les syndicats, les corps intermédiaires, la presse… Tout cela favorise les extrêmes.

Certaines phrases contestée du Chef de l’Etat ont aussi été signalées, comme de dire que l’anti sionisme était l’antichambre de l’anti sémitisme, ou encore celle de Nicolas Hulot disant qu’il fallait fermer 17 réacteurs nucléaires.

 

Mais il semble que pour la majorité des présents, outre la nomination d’un Premier ministre de droite, ce qui a fait basculer l’image qu’ils avaient d’Emmanuel Macron, c’est le fait d’avoir empêché l’opposition d’être au Bureau de l’Assemblée Nationale (encore une première sous la 5ème République), d’avoir voulu mettre en cause la gestion budgétaire de François Hollande en médiatisant un soi-disant trou de 8 milliards (alors que François Hollande a fait passer le déficit de l’Etat d’environ 5% en 2012 à près de 3% en 2017, le reste n’étant que politique politicienne sur « l’épaisseur du trait ») et enfin la façon dont a été traité le chef d’état-major des armées (CEMA) le conduisant à la démission (encore une première sous la 5èmeRépublique). Pierre de Villiers est un grand militaire, aimé, humaniste, attentif à la société civile et qui n’a fait que son devoir en disant sa vérité devant la commission de la défense de l’Assemblée Nationale et défendant le Budget qui avait été promis et qui va être amputé de 850 millions en 2017. Avec lui, Jean-Yves Le Drian et François Hollande avait remis à niveau le budget de la Défense et les effectifs militaires pour faire face aux nouveaux engagements de la lutte contre le terrorisme. Au-delà de ce gâchis, le message envoyé est dangereux pour la démocratie : les hauts-fonctionnaires n’ont plus le droit de parler librement devant les commissions du Parlement, et la représentation nationale n’est plus apte à connaître des positions différentes de celles du gouvernement.

 

Il fut par contre signalé que sur le fonds, certaines mesures  contenues dans les ordonnances pour la réforme du code du travail comme la réduction du nombre des organismes représentatifs des travailleurs dans les entreprises était une idée défendue par D12, ainsi que la suppression de la « réserve parlementaire » prévue dans le projet de loi sur la « moralisation » de la vie politique. On peut même dire que D12 avait été longtemps seul à proposer cette mesure qui introduit une inégalité entre les candidats lors des élections législatives.

 

A ce stade des débats, Jean-Marie Cambacérès  proposa un essai de théorisation du malaise exprimé dans l’après-midi, sans être sûr d’avoir raison, tant la situation était inédite. Ce malaise venait peut-être du « gap » entre le programme et la méthode d’Emmanuel Macron. Il y avait eu un soutien de D12 au candidat et à son programme théorique (nous avions même analysé que 60% de son programme était dans la continuité des actions de François Hollande) mais nous n’avions pas pensé qu’il souhaiterait le mettre en place en voulant en même temps détruire toutes les autres forces politiques autour de lui au lieu de chercher à rassembler. Seuls le Conseil d’Etat et le Conseil Constitutionnel apparaissent encore en mesure de protéger la République et l’état de droit face aux dérives qui ne manqueront pas d’apparaître de la part d’un pouvoir sans opposition si ce n’est de celle des extrêmes et de la rue.

 

De plus, soucieux de garder l’unité d’A2M, Jean-Marie Cambacérès précisa qu’il était trop tôt, de toute façon, pour juger l’action d’Emmanuel Macron. Qu’un certain nombre de faits signalés pouvaient être corrigés, et qu’une clarification de la ligne du Gouvernement pouvaient encore se faire : après une période « libérale », le Président pourrait changer de Premier ministre et lancer une deuxième phase de son quinquennat plus « sociale ». A ce moment-là, il aurait besoin d’autres alliés car la droite ne le soutiendrait plus et EM se diviserait. Peut-être même sera-t-il amené à envisager de lancer la création d’un grand parti de progrès intégrant le PS allégé de ses « frondeurs » et EM séparée de sa droite.

 

3)      Il faut profiter de cette période de « temps long » pour réfléchir à la création d’un nouveau grand mouvement : socialiste, démocrate, écologique et Européen nécessaire pour le 21ème siècle. Cette nouvelle formation devra sûrement : être plus ouverte, mixer la « toile d’araignée » et la « pyramide », être plus en prise avec les territoires, le mouvement associatif et les entreprises…

Le PS aurait pu être le noyau refondateur de cela, après la clarification du départ de Benoît Hamon. Mais il en a raté l’occasion. Le fait d’avoir remis un représentant de Benoît Hamon dans la nouvelle direction collective, par ailleurs pléthorique, montre que le PS n’a tiré aucune conclusion sérieuse du phénomène des « frondeurs » qui ont pourri le quinquennat, ni de la bérézina du résultat de l’élection présidentielle.

Il faut donc reprendre notre bâton de pèlerin, prendre contact avec tous les socialistes qui sont dans notre état d’esprit, mais aussi tous les clubs de réflexion se formant ici ou là, le réseau des élus de la FNSER (qui organise une Université d’été à La Rochelle les 24 et 25 aout), les radicaux qui ne rentreraient pas dans EM, les déçus d’EM et tous ceux qui ne veulent pas que ce courant de gauche et des forces de progrès, héritier de Jaurès, nécessaire pour l’avenir de la France, disparaisse entre une gauche extrême et un centre-droit attrape tout. C’est ce courant à reconstruire qui restructurera le débat politique dans la France de demain face à une droite qui ne va pas manquer , elle aussi de se réorganiser et de se relancer.

C’est une exigence de salut public que de ne pas laisser EM, tel qu’il est actuellement, détruire tout et diviser tout le monde, pour des avenirs incertains.

 

Modestement, A2M va reprendre : ses dîners-débats, sa réflexion sur des sujets ciblés, ses réunions en régions, la restructuration de son site internet, mais d’une manière plus souple et moins contraignante.

 

Christian Tardivon a accepté de s’occuper de l’organisation des dîners-débats, Nila Mitha et Bernadette Bun du site internet, Wenceslas Baudrillart de la réflexion sur l’économie sociale et Florence Ginisty de la mise en place d’un groupe sur la notion de « conviventia ».

Le prochain dîner-débat aura lieu au restaurant Le Petit Riche le mercredi 11 octobre sur le thème : « La politique et le vin ». Ce thème volontairement décalé par rapport à l’actualité a pour but de ne pas mettre à l’ordre du jour un sujet trop clivant dès notre reprise des travaux et de « voir venir ».

 

Après cette après-midi très studieuse, les congressistes se sont retrouvés au caveau de la cave coopérative La Gravette à Corconne pour une visite et une séance de dégustation de vins, accueillis par le président de la coopérative Olivier Masson, puis pour le dîner chez Jean-Marie Cambacérès au mas Mathieu.

 

Le lendemain, une douzaine de courageux sont allés dès le matin rendre visite au sculpteur-fondeur Claude à Saint Clément et ont assisté à la fonte de deux pièces, puis visiter deux expositions à Sommières et terminer ces « rencontres d’été » d’A2M par un déjeuner sur la place du marché.

 

 

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