Rapprocher le programme 2012 du président-candidat à celui du candidat de 2007 est édifiant.

Le constat : le candidat souffre d’un manque d’imagination. En effet, on pourra constater à la lecture que pas moins d’une dizaine de propositions de 2012 sont les mêmes qu’il y a cinq ans.

Concrètement, on peut en déduire que les promesses 2007 n’ayant pas été réalisées à ce jour, il les a recyclées pour 2012 avec, sans doute, la même intention de n’en rien faire.

LA PROPORTIONNELLE

Proposition 2012 : Réduire le nombre de parlementaires et réserver un certain nombre de sièges à la proportionnelle aux élections législatives, pour que tous les grands courants de notre vie politique soient représentés au parlement.

Proposition 2007 : «Je m’engage, si je suis élu président de la République, à réunir toutes les forces politiques de la nation et à discuter avec elles de la possibilité d’introduire un peu de proportionnelle au Sénat ou à l’Assemblée nationale sans créer le risque d’une instabilité qui serait désastreuse.»

Commentaire : Le nombre des parlementaires n’a pas été réduit. Mais les circonscriptions ont été redécoupées avec, en particulier, une création de circonscriptions des Français de l’étranger qui donnera à coup sûr 10 députés de droite sur les 12 circonscriptions.

L’instauration d’une dose de proportionnelle ressort du placard des candidats de droite à chaque présidentielle. Il s’agit d’appâter les électeurs centristes. Sitôt l’élection passée, la promesse tombe aux oubliettes. Cette fois-ci, en plus des centristes, il s’agit d’appâter les électeurs Front national. Si N. Sarkozy était réélu, les oubliettes seraient réactivées.

L’ALLEGEMENT DES CHARGES

Proposition 2012 : Alléger les charges patronales qui pèsent sur le travail de 14 millions de salariés, notamment dans l’industrie et l’agriculture

 Proposition 2007 : «Après y avoir beaucoup réfléchi et avoir étudié l’expérience du Danemark et celle plus récente de l’Allemagne, je suis convaincu qu’il faut expérimenter le transfert d’une partie des cotisations sociales sur la TVA.»

Commentaire : Cette proposition a été mise en œuvre par la loi du 14 mars 2012, applicable à partir du 1er octobre si N. Sarkozy est réélu. La TVA sociale est ainsi devenue TVA anti-délocalisation et promise à rendre notre économie de nouveau compétitive alors que son impact sur le prix moyen des produits industriels sera de 0,86% (les Chinois vont trembler !). Il y aurait pourtant eu un moyen de la rendre « sociale » : diminuer en échange les charges salariales, ce qui aurait donné du pouvoir d’achat immédiat

LE SERVICE DU TRAVAIL OBLIGATOIRE POUR LE RSA

Proposition 2012 : rendre obligatoire pour les bénéficiaires du RSA l’accomplissement de 7 heures d’activité d’intérêt général par semaine

Proposition 2007 : «Je ferai en sorte que […] les titulaires d’un minimum social aient une activité d’intérêt général, afin d’inciter chacun à prendre un emploi plutôt qu’à vivre de l’assistanat.»

Commentaire : Ah, le vieux fantasme de la droite ! Détaillons donc le sens de cette proposition. 7 heures de travail par semaine pour 1.346.000 bénéficiaires du RSA font 490.000.000 d’heures de travail, l’équivalent de 270.000 emplois à plein temps. Remplaceraient-ils des salariés ? bel impact sur le chômage ! Quelles administrations, quels organismes d’intérêt général sauraient intégrer ces 1.346.000 employés à temps très partiel dans les organisations de travail ? Non, il s’agit là d’un thème très ancien de la droite, ressurgi avec force depuis qu’une « Droite sociale » s’est constituée sur la dénonciation de l’assistanat pour faire la cour à l’électorat du Front national

LA FORMATION OBLIGATOIRE POUR LES CHOMEURS

Proposition 2012 : instaurer un droit à la formation pour tous les chômeurs et l’obligation pour eux d’accepter un emploi qui correspondra à la qualification qu’ils auront acquise

Proposition 2007 : «Pour garantir l’égalité des chances et permettre à chacun de s’adapter aux évolutions de l’économie, nous créerons un compte individuel d’épargne de formation.»

Commentaire : D’un compte individuel d’épargne de formation, on passe à une obligation de formation et une obligation d’acceptation d’un emploi. Comme si tous les chômeurs étaient déqualifiés, comme si tous les chômeurs déployaient toute leur énergie à refuser des offres d’emploi surabondantes. Ceci passe par la captation des dépenses des entreprises pour la formation continue de leurs salariés. Ceci ne tient pas compte de l’incapacité des conseillers de Pôle Emploi à guider le chômeur dans l’inextricable maquis des minuscules organismes de formation ; Ceci ignore l’inadéquation entre le blocage plusieurs semaines, voire plusieurs mois dans une formation et le besoin d’être disponible pour prendre immédiatement un emploi qui se présenterait. Une fois de plus c’est la volonté de culpabiliser celui qui a perdu son emploi bien que son indemnisation vienne de l’assurance qu’il a payée par ses cotisations pendant des années

LA RECIPROCITE DANS LES ECHANGES INTERNATIONAUX

Proposition 2012: exiger la réciprocité dans les échanges commerciaux entre l’Europe et le reste du monde. Si les négociations n’ont pas abouti d’ici un an, la France réservera ses marchés publics aux seules entreprises européennes, jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé

Proposition 2007 : «La réciprocité doit redevenir la règle dans les rapports entre l’Union européenne et les autres régions du monde. Je ne vois pas d’objection à ce que la SNCF attribue des marchés à des entreprises canadiennes dès lors que les entreprises françaises peuvent avoir accès aux mêmes marchés dans les métropoles canadiennes. Aujourd’hui, je constate que ce n’est pas le cas. En l’absence de réciprocité, je souhaite que l’Union européenne réactive l’idée fondamentale de la préférence communautaire, qui était à la base du marché commun. Je propose qu’aussi longtemps que nous n’obtiendrons pas des conditions loyales pour la concurrence internationale, les achats publics européens soient réservés en priorité aux producteurs européens.»

Commentaire : Bel exemple d’immobilisme ! Avec en plus cette fois-ci des menaces prononcées d’un ton martial ! Mais le problème demeure, sans doute parce que vouloir réellement le résoudre déplairait trop aux gouvernements libéraux européens qui se cramponnent par idéologie à un libre-échangisme que Américains et Chinois réservent à l’usage externe

L’ACHAT PUBLIC POUR LES PME

Proposition 2012 : réserver une partie des commandes publiques aux PME européennes, comme le font les Etats-Unis pour leurs propres PME.

Proposition 2007 : «Je propose que l’Etat conduise une véritable politique de la commande publique au profit des PME comme le font les Américains.»

Commentaire : Avant que les 27 Etats-membres de l’Union ne s’accordent sur un Small business act, N. Sarkozy aurait pu de lui-même prendre des initiatives nationales dans ce domaine : la réglementation européenne sur la libre concurrence laisse des marges de manœuvre. Au lieu de cela, on a vu les administrations d’Etat multiplier leurs achats en Chine et recourir pour des projets majeurs à des partenariats public-privé qui élimine d’office même les plus grosses des PME

L’APPRENTISSAGE DU FRANÇAIS, PREALABLE A L’IMMIGRATION

Proposition 2012 : conditionner le regroupement familial à la connaissance préalable de la langue française et des valeurs de la République

Proposition 2007 «Je demanderai à ceux qui veulent venir s’installer en France de faire l’effort d’apprendre le français avant.»

Commentaire : Comme chacun le sait, il est facile d’apprendre le français au fond des savanes africaines, sur les plateaux anatoliens, à Chaozhou et dans toutes ces régions d’où proviennent immigrés économiques ou politiques. Quant à la connaissance des valeurs de la République, est-on sûr que le spécialiste du clivage, de l’anathème, de la stigmatisation et de la laïcité positive en soit vraiment imprégné ?

DURCIR LA JUSTICE POUR LES MINEURS

Proposition 2012 : réformer en profondeur la justice des mineurs pour endiguer la montée de la délinquance des mineurs

Proposition 2007 : «Le droit pénal des mineurs sera réformé.»

Commentaire : Que veut dire réformer la justice des mineurs ? Abaisser l’âge légal de la majorité pour tout délinquant à 13 ans ? Pourquoi pas dès la naissance en fonction de critères ethno-raciaux ? Ce serait encore plus simple ? N’est-ce pas l’idée qu’il y avait derrière la proposition de déterminer la dangerosité des élèves à partir de trois ans dans les écoles primaires ?

CREER LA BRANCHE DEPENDANCE

Proposition 2012 : engager la réforme de la dépendance à partir de 2013, année où le déficit passera sous la barre des 3% du PIB

Proposition 2007 : «Je créerai une cinquième branche de la protection sociale pour consacrer suffisamment de moyens à la perte d’autonomie et garantir à tous les Français qu’ils pourront rester à domicile s’ils le souhaitent.»

Commentaire : Les personnes dépendantes dépendent toujours de leur niveau de ressources et de celui de leurs enfants. La 5e branche n’a pas vu le jour et le déficit sera toujours au-dessus de 3% en 2016 du fait de la faiblesse de la croissance à laquelle nous condamne la rigueur sarkozienne. Et surtout N. Sarkozy n’a pas encore osé confier cette 5e branche aux compagnies d’assurances plutôt qu’à la Sécurité sociale, vieux rêve de ceux qui n’ont qu’un projet : démanteler l’héritage du Conseil national de la résistance. Il y a tant de manières d’actualiser le pétainisme ! En attendant les dépendants aisés se retrouvent dans des résidences services médicalisées de tout confort et les plus pauvres deviennent grabataires dans des maisons de retraite surchargées

ACCUEILLIR LES HANDICAPES A L’ECOLE

Proposition 2012: renforcer l’accueil des étudiants handicapés au lycée et dans les universités

Proposition 2007 : «Je veux absolument que nos enfants soient scolarisés dans les mêmes écoles que les enfants handicapés. […]. Leur insertion dans le monde du travail sera pour moi une priorité et je leur ouvrirai les portes de l’enseignement supérieur.»

Commentaire : après un début de quinquennat prometteur, le nombre des assistants de vie scolaire a commencé à diminuer en 2012 dans le flot des 85.000 suppressions d’emploi de l’Education nationale

DEVELOPPER LES ENERGIES RENOUVELABLES

Proposition 2012 : confirmer le choix du nucléaire, énergie qui émet le moins de gaz à effet de serre, pour ne pas augmenter le prix de la facture d’électricité, tout en poursuivant le développement des énergies renouvelables

Proposition2007 : «Nous augmenterons la part des énergies renouvelables, isolerons les bâtiments anciens, mais nous renouvellerons aussi le parc nucléaire. […] Ceux qui vous disent qu’ils vont renoncer au nucléaire vous font, au mieux, de fausses promesses, au pire mettent gravement en danger notre indépendance.»

Commentaire : Le nucléaire n’a pas bougé puisque l’EPR de Flamanville (le démonstrateur !) ne cesse de prendre du retard. Installer une éolienne relève maintenant de la procédure des établissements classés et nécessite de passer des provisions plus sévères que pour les centrales nucléaires. Le prix des kw solaires a dramatiquement baissé et le seul fabricant français de cellules photovoltaïques n’a dû sa survie qu’à la crainte du scandale de son dépôt de bilan

RETABLIR L’EQUILIBRE DES COMPTES PUBLICS

Proposition 2012 : Revenir à l’équilibre de nos comptes publics dès 2016, en associant les grandes collectivités locales à l’effort de réduction de la dépense.

Proposition 2007 : «Je ferai en sorte qu’à l’avenir il soit interdit de financer les dépenses de tous les jours par de la dette. Je m’engage à ramener la dette en dessous des 60% du PIB d’ici 2012, et à créer les conditions qui nous permettent d’inscrire une « règle d’or » dans la Constitution : aucun déficit budgétaire autorisé si ce n’est pour des dépenses d’investissement. »

Commentaire : La dette a augmenté de 600 milliards d’euros, passant de 63 à 86% du PIB. Les seuls intérêts s’élèvent à 49 milliards d’euros et le remboursement du capital devrait représenter 80 milliards d’euros, mais on les rembourse que par de nouveaux emprunts. La « règle d’or » n’a été proposée en fin de mandat que pour essayer de piéger les parlementaires socialistes. Le déficit de l’Etat a atteint un tel niveau que ce sont maintenant des dépenses ordinaires qui sont payées par l’emprunt. Derrière ce creusement d’un trou colossal, une réalité : les cadeaux faits aux plus aisés entre bouclier fiscal, baisse du taux de l’ISF et autres niches Copé

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