Révision générale des politiques publiques : tout bien pesé, un vocable qui exprimait un objectif louable, celui d’une mise à plat pour vérifier que les moyens mobilisés correspondent bien aux besoins actuels, et en faire une méthode afin que les coupes budgétaires nécessaires se conjuguent avec le maintien des priorités du pays.

Occasion manquée par le gouvernement qui méprise trop la Fonction Publique pour être en posture de la réformer. Ce chantier devra être repris par la Gauche. Il y faudra  un élan mobilisateur s’appuyant sur les agents publics, leur permettant de s’approprier une réforme construite avec eux, et porteuse de sens.

1. Une opportunité ratée

– Pour tout horizon des coupes aveugles dans les effectifs

Le principal  bilan que claironne  victorieusement le Gouvernement, peu concerné par les ambitions de fond d’origine, porte sur les économies réalisées sur les dépenses salariales du fait du non renouvellement d’un départ  à la retraite sur deux.

La ministre du budget se flatte ainsi de ce que les 150 000 départs en retraite d’agents de l’Etat non remplacés entre 2008 et 2012 dégageront « 220 milliards d’euros » d’économies « pour les générations futures », et  calcule même  qu’un fonctionnaire « coûte » en moyenne 1,5 million d’euros, en additionnant ses salaires et sa retraite sur plus de quarante ans de carrière.

Tout est dit dans de tels discours quant à la psychologie de leurs auteurs. Pour eux, les agents publics, désignés comme la cause de la dette de notre pays, ne sont pas une ressource, mais un coût.

– Le citoyen à l’abandon

La réforme aurait été comprise et aurait eu du sens si les moyens budgétaires et en effectifs avaient augmenté dans les secteurs correspondant aux grandes priorités affichées du Gouvernement, en contrepartie de coupes importantes ailleurs.

Il n’en a rien été, et dès 2009, la Cour des Comptes relevait que la définition du niveau des effectifs n’était pas suffisamment reliée aux missions et aux besoins. Récemment encore, l’Association des petites villes de France (APVF) indiquait  que pour 84% de ses maires adhérents, la RGPP avait  dégradé le fonctionnement des services publics.

On a beaucoup évoqué la situation de la Police et de la Justice : des services surchargés, des effectifs en baisse, et un pouvoir prompt à dramatiser le premier fait divers en faisant adopter des lois de circonstances plutôt que de renforcer les moyens de ces institutions, que l’on stigmatise même publiquement le cas échéant.

Citons aussi la  fusion ANPE-Assedic censée améliorer la performance du service public de l’emploi et qui se sera traduite par une détérioration (de 1 à 200  à 1 pour 300) du rapport conseiller/ chômeurs.  Les exemples, hélas, abondent, et au total, ce sont les citoyens, surtout les plus démunis d’entre eux, qui ont été les victimes de la RGPP, avec une perte de substance même des services régaliens.

On comprend dès lors qu’un récent rapport de l’Assemblée Nationale  en conclue que, sans évolution, le processus est intenable à terme, et que le Conseil économique social et environnemental demande une pause de la réforme.

 

– Une politique de fusion mal orchestrée

Les fusions se révèlent à l’usage souvent mal conçues notamment par manque de concertation interne. De plus, par pure recherche d’effet d’affichage, on a parfois  pratiqué de simples juxtapositions d’organigramme, et passé à des ensembles lourds, moins réactifs, propices à lenteur, démobilisation et baisse de la qualité du service.

– Une approche coûteuse, affichant une défiance à l’égard du personnel

La  RGPP façon Sarkozy aura été le règne des cabinets de consultants : 250 millions d’euros (!!).

Démoralisante, aveugle, la RGPP aura de surcroit été un échec au plan financier ; non seulement les dépenses de l’Etat sur la période ont augmenté de 12 % (de 335 à 377 milliards d’euros) mais surtout  les dépenses de fonctionnement, censées être au cœur de l’effort de la RGPP, ont explosé : + 39 % (de 33 à 46 milliards).

2. Demain, reconstruire  les politiques publiques

Inutile demain de revoir les organigrammes : les agents sont fatigués de ces exercices technocratiques; repenser le management et inscrire le besoin d’économies dans une démarche globale seront les clés du succès et de l’adhésion qui en est le vecteur.

– Respect et considération

En premier lieu, un changement de discours à l’égard des agents publics aujourd’hui vilipendés s’impose: valoriser leur culture du service public, leur utilité pour la collectivité, leur sens des responsabilités, et indiquer que le changement se fera avec eux et non contre eux.

– Rompre avec l’arithmétique de la RGPP : ne pas diminuer partout les effectifs mais identifier des priorités de l’action publique avec les moyens afférents.

C’est la démarche d’ores et déjà lancée par François Hollande affirmant la priorité donnée à l’Education. Les priorités fortes identifiées devront, si nécessaire, se traduire par des moyens supplémentaires au cas où la rationalisation interne ne suffise pas. Quitte à  prévoir pour cela une diminution plus forte dans d’autres secteurs affichés comme moins prioritaires.

– Faire de l’Etat  une référence en termes de conduite du changement

Si on comprend pour l’administration tout l’intérêt à faire bouger les lignes, réduire les coûts, et susciter des remises en cause régulières à fortiori dans des organisations très inertes comme les siennes, il faut en revanche trouver les modes appropriés pour générer ou entretenir esprit d’équipe, de confiance et de cohésion.

Quitte à prendre modèle sur l’entreprise, pourquoi ne pas en effet s’inspirer des meilleures expériences en la matière, et faire de l’Etat  une référence en terme de conduite du changement, et de mobilisation de ses ressources internes comme de ses agents? Est il provocateur de viser une organisation dans laquelle le personnel serait heureux de rejoindre son lieu de travail et d’y voir là notre plus précieux potentiel?

De nombreux concepts sont adaptables : démarche stratégique, outils financiers, approche ressources humaines en vue d’une plus forte motivation des salariés ou agents,  approche participative, anticipation et gestion du changement, adaptabilité, évolution des qualifications et même notion de valeur, si l’on veut bien considérer que le service public en est aussi créateur quand bien même le destinataire en soit l’usager et non l’actionnaire.

 

– Une démarche participative.

Pour réussir c’est un autre management qui doit être à l’œuvre. Il faudra, demain tourner définitivement le dos à la technocratie du mépris.

Savoir, une fois l’objectif tracé, faire confiance aux équipes en place au niveau le plus décentralisé pour l’organiser. Toute une démarche de mangement par les compétences doit être imaginée.

Dans la préparation de ses rapports annuels de performance au Parlement  l’administration, plutôt que de chercher à tout prix à montrer des résultats au beau fixe, se crédibiliserait en appelant ses agents à présenter également les manques et les idées de mesures correctrices. Et en en faisant même un critère de leur performance. L’on créerait là une dynamique autre, gage d’une confiance renouvelée.

– Etendre à l’administration la proposition de notation sociale évoquée par François Hollande

Cette proposition de notre candidat est centrale, car elle vise à dépasser des référentiels devenus absurdes parce qu’uniquement financiers ou quantitatifs, et à rappeler que la façon de traiter, et d’associer, son personnel est une variable clé de la compétitivité des entreprises,  comme pour la Nation du « Vivre ensemble ».

Cette démarche commence à se développer : citons le référentiel « Investors in people» d’origine britannique, ou l’agence de notation sociale et environnementale Vigéo, présidée par Nicole Notat.

Il ne faut pas seulement imaginer que cette démarche s’applique  « aussi »  au secteur public, mais  aller plus loin : qu’il en soit le moteur. Nul besoin d’une loi pour fixer ce cap à toutes les administrations dès le changement de gouvernement, et rendre immédiatement perceptible, pour les agents et les hiérarchies en place, ce changement d’orientation… et d’époque.

Il faut préparer ces nouvelles étapes afin d’être en mesure, dès le changement de gouvernement, de lancer ce chantier mobilisateur et participatif dans les administrations. Nous sommes attendus.

Comment résumer le ressenti des agents publics ?  Un  peu comme la Foule sentimentale d’Alain Souchon : « il faut voir comme on leur parle. »

A force d’être stigmatisés, ils en viendront à  attendre les situations graves, les villages coupés du reste du monde par le froid ou les inondations, ou la canicule ! Là où l’évidence de leur rôle au service de chacun s’impose. Où personne ne les met en tableaux, ne les traite de petit pois !  C’est aujourd’hui de confiance, de reconnaissance  et de sens dont le service public a besoin.

Alors François Hollande, pour réformer le service public en assumant les contraintes budgétaires du moment,  sollicitez l’imagination comme la fierté de ses agents, et leur connaissance de leur métier ! Faites appel à leur profond sens de l’État. Dites leur  que l’on a besoin d’eux, et non plus, comme aujourd’hui, qu’ils sont un poids pour le pays et la cause de son endettement. Dites leur que le service public est le bien collectif, la richesse commune, et non pas un coût. Ils sont prêts à des réformes, même difficiles, chaque fois que l’intérêt public le justifie.

Manel Berger

Une pensée sur “Tourner la page de la RGPP pour reconstruire les politiques publiques

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *